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La Syrie accuse la Turquie de comportement hostile, l'axe Damas-Alep coupé

11/10/2012 12:35 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST

La Syrie a accusé jeudi son voisin turc, favorable aux insurgés, d'adopter un comportement de plus en plus hostile après l'interception d'un avion transportant selon Ankara des munitions russes à destination de Damas.

Sur le terrain, les rebelles ont coupé la route reliant les deux principales villes du pays, Damas et Alep, en prenant le contrôle d'une portion de près de 5 kilomètres de l'autoroute stratégique.

Les rapports entre la Turquie --majoritairement sunnite et dirigé par un gouvernement islamo-conservateur--, et la Syrie, gouvernée par une minorité alaouite (émanation du chiisme), se sont délités depuis la début de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad en mars 2011.

Devenues exécrables depuis la mort le 3 octobre de cinq civils turcs par des tirs syriens à la frontière, les relations entre les deux ex-alliés se sont encore envenimées après l'interception mercredi soir en Turquie d'un avion assurant la liaison Moscou-Damas.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé que l'Airbus transportait des "munitions" et du matériel militaire à destination de Damas en provenance d'un fabricant russe.

Une source russe dans les services d'exportation d'armes avait affirmé plus tôt à l'agence Interfax que l'avion ne contenait "ni armes ni composants pour des armements".

La Russie, fidèle alliée du régime, est critiquée pour la poursuite de ses livraisons d'armes à la Syrie, l'un de ses principaux clients dans le domaine militaire, malgré l'aggravation du conflit.

Damas a vu dans l'incident "un signe supplémentaire de la politique hostile menée" par la Turquie qui abrite les rebelles et bombarde le territoire syrien.

Le gouvernement syrien a réclamé la restitution "intégrale" du contenu de l'avion, accusant les autorités turques d'avoir "maltraité" l'équipage, des reproches rejetés par Ankara.

Moscou est intervenue pour exiger des explications de la Turquie, indiquant que l'incident avait "mis en danger les passagers parmi lesquels se trouvaient 17 citoyens russes".

Le chef de l'armée turque avait déjà menacé la Syrie d'une "réponse encore plus puissante" si elle continuait ses tirs vers le territoire turc, alors que la Turquie riposte à chaque tir syrien touchant son territoire.

Sur le terrain, les rebelles ont remporté une victoire clé en prenant le contrôle, à hauteur de la ville de Maaret al-Noomane, de plusieurs kilomètres de l'autoroute internationale reliant la capitale Damas à Alep, théâtre d'une bataille cruciale depuis près de trois mois.

En deux jours, les insurgés sont parvenus à prendre le contrôle de huit positions de l'armée dans cette ville stratégique, passage obligé pour les renforts de l'armée se rendant à Alep, plus au nord.

De violents combats se concentrent désormais dans des localités situées à l'est de la ville, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les deux belligérants voulant à tout prix empêcher la progression de la partie adverse.

"Des renforts de l'armée dépêchés pour prêter main forte aux soldats dans la région de Maaret al-Noomane n'ont pas pu avancer. Des barrages sont même détruits par les rebelles le long de l'autoroute internationale", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH.

Les forces de Bachar al-Assad conservent deux bases importantes en périphérie est. "Pour tenter d'alléger la pression, l'aviation bombarde sans relâche les positions rebelles", selon M. Abdel Rahmane.

Si l'armée continue de ne plus pouvoir envoyer des renforts à Alep, l'armée risque de s'affaiblir considérablement dans cette grande ville du Nord, selon lui.

Dans le centre du pays, les quartiers rebelles de Homs et la localité insurgée de Qousseir étaient toujours la cible d'attaques selon l'OSDH, malgré l'annonce par l'armée il y a trois jours du "nettoyage" des dernières poches de résistance.

L'armée est décidée à en finir avec ces deux villes, assiégées depuis des mois, afin de pouvoir concentrer ses forces sur le Nord et y reconquérir le terrain perdu.

La violence a fait jeudi 97 morts, dont 37 civils, 36 soldats et 24 rebelles, selon l'OSDH. Selon cette ONG, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins, plus de 32.000 personnes sont mortes en Syrie depuis le début du soulèvement.

Sur le plan diplomatique, le médiateur international Lakhdar Brahimi a entamé en Arabie saoudite, un pays très critique de Damas, une nouvelle tournée régionale pour tenter de trouver une issue au conflit, au lendemain du rejet par Damas d'un cessez-le-feu unilatéral réclamé par le chef de l'ONU.

Selon un responsable saoudien, il doit rencontrer jeudi soir le vice-ministre des Affaires étrangères, le prince Abdel Aziz ben Abdallah, fils du souverain saoudien et qui est chargé du dossier syrien.

M. Brahimi s'était rendu une première fois au Proche-Orient à la mi-septembre, notamment à Damas où il avait rencontré le président Assad. Il n'avait toutefois pu obtenir aucune concession de sa part.

Alors que le nombre de réfugiés et déplacés ne cessent de croître quotidiennement, le coordinateur régional de l'ONU pour les réfugiés, Panos Mumtzis, a averti que les moyens pour leur venir en aide s'épuisaient rapidement.

A la frontière syro-libanaise, de nouveau rattrapée par le conflit, au moins huit personnes ont été tuées par un "groupe terroriste" qui a attaqué un bus venant du Liban et transportant des ouvriers syriens, selon la télévision officielle syrienne.

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