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Femme et rappeuse en Afghanistan, un double défi

11/10/2012 08:10 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST

KABUL - KABOUL (Sipa) — "Ecoutez mon histoire! Ecoutez ma douleur et ma souffrance!", implore Sosan Firooz derrière son micro. Première femme à faire du rap en Afghanistan, la musicienne de 23 ans aux cheveux et à la parole libres est en train d'entrer dans l'histoire de son pays, où la société voit d'un mauvais oeil les femmes qui s'exposent publiquement.

Pour le moment, son premier titre, "Nos voisins", ne peut être vu et écouté que sur la plate-forme de partage de vidéos Youtube. La jeune rappeuse y pose habillée dans un style excentrique, portant un jean, des bijoux et un bandana noué autour de la tête à la guerrière.

Sur certaines images, on peut surtout voir ses longs cheveux bruns voler librement au vent: un symbole fort dans ce pays où peu de femmes, y compris les rares chanteuses, osent sortir sans porter au moins un foulard.

Sosan Firooz n'est pas encore très connue en Afghanistan mais elle vient bouleverser les codes traditionnels de la société afghane. Dans le pays, certaines femmes ne sortent pas sans porter une burqa bleue les recouvrant de la tête aux pieds et elles subissent fréquemment des violences, particulièrement dans les zones les plus isolées. Plusieurs rapports ont fait état de la lapidation ou de l'exécution par balle de femmes soupçonnées d'adultère.

La jeune rappeuse évoque ces sujets qui la touchent. Elle rappe sur l'oppression des Afghanes ou l'espoir qu'elle nourrit de connaître un jour la paix dans son pays. Dans ses chansons, elle évoque aussi sa souffrance, encore enfant, lorsque sa famille a dû immigrer en Iran. Dans les années 1990, la guerre civile, qui avait abouti à l'arrivée au pouvoir des talibans en 1996 en Afghanistan, avait obligé sa famille à fuir le pays et à vivre en exil pendant cinq ans dans le pays voisin.

Dans ses chansons, Sosan Firooz délivre un message aux Afghans: ne quittez pas votre pays natal. Ceux qui partent, chante-t-elle, ne trouveront que des métiers précaires: ils feront la plonge ou nettoieront les voitures. "Leur pays natal leur manquera", prévient-elle dans un style haché, mêlant rap et hip-hop.

Plus tard, "ils voudront embrasser la poussière du pays qui les a vu naître", avertit la jeune fille, du haut de sa vingtaine d'années. "Savez-vous ce que deviennent les immigrés afghans, une fois au Pakistan et en Iran? La moitié d'entre eux est accro à la drogue et l'autre est composée de terroristes", scande-t-elle en dari, l'une des deux langues officielles afghanes.

Aujourd'hui, Sosan, également actrice dans des seconds rôles dans des séries télévisées locales, est rejetée par une partie de son entourage. Son oncle a coupé les ponts avec sa famille depuis qu'elle a commencé à chanter publiquement, confie son père, Abdul Ghafar Firooz. Il explique qu'il a quitté son travail pour accompagner sa fille quand elle quitte la maison. "Je suis son garde du corps, je la protège. Quand elle sort, je me dois d'être avec elle", confie-t-il à l'agence Associated Press.

Quant à la mère, qui travaille dans l'humanitaire, elle dit faire attention à ne jamais mentionner la carrière de sa fille lorsqu'elle part dans les zones reculées et traditionalistes.

La mixité, encore loin d'être acquise dans le pays, vient également compliquer le travail de la rappeuse sur le plan pratique. Au début du mois, alors qu'elle participait à un festival de musique à Kaboul, la capitale, elle a ainsi dû se produire à trois reprises: le premier jour devant un public féminin et les deux soirs suivants devant un public masculin.

Sosan Firooz vit avec sa famille dans une banlieue pauvre du nord de Kaboul. Pour composer ses chansons, elle utilise un vieil ordinateur portable et un clavier électronique offert par l'un de ses fans. Le rap et le hip-hop commencent tout juste à devenir populaires au sein de la jeunesse afghane, grâce à quelques chanteurs dont la notoriété a contribué à vulgariser ce genre musical, parmi lesquels D.J Besho, qui commercialise ses albums sur le bazar de Kaboul.

Le clip de Sosan Firooz sur YouTube:

http://www.youtube.com/watch?v=1Gwi7SNiTx0

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