NOUVELLES

De jeunes Egyptiens se battent pour faire durer la révolution

11/10/2012 04:22 EDT | Actualisé 10/12/2012 05:12 EST

Ils ont la vingtaine et n'en reviennent toujours pas d'avoir vu la chute du régime en place depuis bien avant leur naissance. Venus à Chypre partager leur expérience, ces Egyptiens sont déterminés à ne pas en rester là, car la révolution n'est "pas finie".

"Depuis la révolution, les gens se sentent investis d'un pouvoir nouveau", souligne Emad Shahat Karim. "Ils ont retrouvé leur fierté et leur dignité -- mais la société civile reste à développer", estime le jeune homme, qui cherche à développer une plate-forme de partage et tri d'information sur les violations des droits de l'Homme.

Emad Shahat Karim fait partie d'un groupe de jeunes Egyptiens venus partager avec des acteurs de la société civile de 28 pays d'Europe et du Moyen-Orient, leur expérience de la révolution lancée il y a 21 mois par de jeunes militants comme eux et qui en 18 jours a renversé le régime de Hosni Moubarak.

"La question, c'est de savoir si cette révolution va durer", souligne Sally Mohsen.

Sa verve contagieuse séduit de nombreux autres militants parmi les 200 participants au forum sur la société civile, organisé jusqu'à vendredi à Nicosie par une fédération d'associations chypriote, Peace it together.

Au sein de la Fondation égyptienne pour la Jeunesse, lancée à Alexandrie peu avant la révolution, Sally tente de canaliser l'énergie débordante des jeunes Egyptiens en leur proposant des activités bénévoles.

"Beaucoup de jeunes cherchent à s'engager, surtout depuis la révolution. Nous essayons de construire à partir de cet enthousiasme un mode de vie" qui dure sur le long terme. Le bénévolat permet aussi à ceux qui peinent à entrer sur le marché du travail de mettre le pied à l'étrier.

Ateliers d'éducation civique, créations artistiques pour des institutions partenaires, volontariat auprès d'ONG travaillant pour la jeunesse: autant d'activités pour que ces jeunes qu'on disait autrefois dépolitisés "se sentent responsables" et s'impliquent dans la vie de la société.

Car les mouvements de jeunes, qui furent à l'origine de la mobilisation lancée début 2011 via Facebook, sont restés à l'écart du pouvoir, et le découragement guette.

"Nous avons besoin de bons réseaux et de financements pour faire durer le souffle de la révolution", souligne Ahmad Fathelbab, co-fondateur d'une agence de production vidéo qui élabore de petits films et dessins animés, notamment pour des campagnes de sensibilisation pro-démocratie.

Il veut créer un site où ONG, groupes de pression et annonceurs commerciaux pourront recruter de jeunes graphistes, réalisateurs, ou autres pigistes pour leur confier des productions, et où ces derniers pourront se former et se rencontrer. Et envisage, pourquoi pas, de se lancer dans la production cinématographique.

"Dans l'industrie des médias, surtout dans le cinéma, les magnats de l'ère Moubarak sont toujours là", souligne-t-il, évoquant le cas d'un film portant sur les relations entre chrétiens et musulmans, qui s'est vu refuser tout financement.

"La révolution n'est pas finie", confirme le militant de longue date George Ishaq, ancien coordinateur général du mouvement d'opposition égyptien "Kefaya" (Assez!), très actif lors du soulèvement de 2011.

"Nous avons brisé la culture de la peur, maintenant il faut construire une culture de partage, de démocratie", dit-il, se réjouissant des initiatives de ses jeunes compatriotes.

Dans bien des pays du Printemps arabes, "le pouvoir était hyper centralisé, et les jeunes n'ont pas d'expérience de la démocratie surtout à l'échelle locale", souligne Francesco Rosa, de la Fondation pour le Futur, une organisation régionale de promotion de la démocratie.

Il les a invités à se tourner vers les pays de l'ex-Union soviétique qui ont "appris par l'échec" comment mener une transition, et à puiser dans l'expérience de ceux qui, comme la Bulgarie, ont réussi leur transition vers la démocratie.

cnp/feb

PLUS:afp