NOUVELLES

Damas accuse Ankara de comportement hostile après l'interception de l'avion

11/10/2012 08:46 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST

La Syrie a accusé jeudi la Turquie, soutien aux insurgés syriens, de "comportement hostile" après l'interception par Ankara d'un avion au motif qu'il transportait une cargaison suspecte, faisant monter encore un peu plus la tension entre les deux voisins.

Sur le terrain, les rebelles gagnent du terrain dans le nord du pays où ils ont pris le contrôle d'une portion de près de 5 kilomètres de l'autoroute stratégique reliant Damas à Alep, à hauteur de la ville de Maaret al-Noomane, également sous leur contrôle, selon un journaliste de l'AFP.

Les relations entre la Turquie et la Syrie, déjà très tendues depuis la mort le 3 octobre de cinq civils turcs dans le village frontalier d'Akçakale à la suite de tirs syriens, se sont encore envenimées avec l'interception en Turquie d'un avion qui assurait la liaison Moscou-Damas mercredi soir, et la saisie d'une cargaison.

L'appareil a été intercepté au motif qu'il transportait une cargaison suspecte, a indiqué dans la nuit le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

Pour Damas, c'est "un signe supplémentaire de la politique hostile menée par le gouvernement" turc qui abrite les rebelles et bombarde le territoire syrien, a indiqué le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le gouvernement réclame à Ankara la restitution "intégrale" du contenu de l'avion, poursuit le communiqué. La compagnie aérienne nationale syrienne a accusé de son côté la Turquie d'avoir "agressé" l'équipage de l'avion.

La Russie, fidèle allié du président syrien Bachar al-Assad, est intervenue pour exiger des explications d'Ankara, indiquant que l'incident avait "mis en danger les passagers parmi lesquels se trouvaient 17 citoyens russes".

Dans ce contexte de vives tensions entre Moscou et Ankara, le Kremlin a annoncé qu'une visite du président russe Vladimir Poutine à Ankara a été repoussée au 3 décembre.

Une source russe dans les services d'exportation d'armes a cependant affirmé jeudi à l'agence Interfax que l'avion ne contenait "ni armes ni composants pour des armements".

Mercredi matin, le chef de l'armée turque avait déjà menacé la Syrie d'une "réponse encore plus puissante" si elle continuait ses tirs vers le territoire turc, alors que la Turquie riposte à chaque tir syrien touchant son territoire.

Sur le terrain, de violents combats se déroulent depuis mardi à Maaret al-Noomane, ville stratégique du nord du pays car passage obligé pour les renforts de l'armée se rendant à Alep, théâtre d'une bataille cruciale depuis près de trois mois.

En deux jours, les insurgés sont parvenus à prendre le contrôle de huit positions que l'armée conservait dans l'est de la ville.

Les combats se déroulaient jeudi dans la périphérie est, où les forces de Bachar al-Assad conservent deux bases importantes.

Selon un journaliste de l'AFP, les insurgés contrôlent également une portion de près de 5 kilomètres de l'autoroute stratégique reliant Damas à Alep.

Selon un responsable du Centre médias des rebelles dans la ville, Firaz Abdel Hadi, près de 300 personnes ont été tuées en trois jours à Maaret al-Noomane, dont 190 soldats loyalistes.

D'après des sources concordantes, parmi ces victimes, figurent au moins 65 prisonniers exécutés quelques minutes avant la retraite des soldats dans deux des positions attaquées par les rebelles --une prison reconvertie en caserne et l'ancien centre culturel de la ville.

Dans ce centre culturel occupé par les renseignements militaires, les geôliers ont ouvert le feu à la kalachnikov sur environ 80 personnes détenues, a raconté à la presse l'un des rares survivants de la tuerie.

Dans le centre du pays, les quartiers rebelles de Homs et la localité insurgée de Qousseir étaient aussi la cible d'attaques, trois jours après que l'armée a annoncé qu'elle nettoyait les dernières poches de résistance, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'armée est décidée à en finir avec ces deux villes, assiégées depuis des mois, afin de pouvoir concentrer ses forces sur le Nord et y reconquérir le terrain perdu.

Pour la seule journée de mercredi, 198 personnes, dont 79 civils, ont péri, d'après l'OSDH. Jeudi, 69 personnes ont été tuées, dont 19 civils, 18 rebelles et 32 soldats, selon un bilan provisoire de l'OSDH.

Selon cette ONG, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins, plus de 32.000 personnes sont mortes à travers le pays depuis le début du soulèvement populaire contre le président Assad en mars 2011, selon l'OSDH.

A la frontière syro-libanaise, également touchée par des débordements du conflit, au moins huit personnes ont été tuées et huit autres blessées côté syrien par un "groupe terroriste" qui a attaqué un bus venant du Liban et transportant des ouvriers syriens, selon la télévision officielle syrienne.

Sur le plan diplomatique, le médiateur international Lakhdar Brahimi a entamé en Arabie saoudite, un pays qui soutient les rebelles, une nouvelle tournée régionale pour tenter de trouver une issue au conflit, au lendemain du rejet par Damas d'un cessez-le-feu unilatéral réclamé par le chef de l'ONU.

M. Brahimi s'était rendu une première fois au Proche-Orient à la mi-septembre, notamment à Damas où il avait rencontré le président Assad. Il n'avait toutefois pu obtenir aucune concession de sa part.

bur-vl/sw

PLUS:afp