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Un militaire canadien plaide coupable d'espionnage, Moscou pointé du doigt

10/10/2012 04:51 EDT | Actualisé 10/12/2012 05:12 EST

Un militaire canadien, Jeffrey Paul Delisle, arrêté en janvier, a plaidé coupable mercredi d'accusations d'espionnage au profit d'une "entité étrangère" --la Russie, selon des documents cités par les médias locaux.

Le sous-lieutenant Delisle, qui a comparu à Halifax, en Nouvelle-Ecosse (est), était accusé d'abus de confiance, de transmission d'informations protégées et de tentative de transmission d'informations protégées, a indiqué le service des poursuites pénales du Canada dans un communiqué.

Sa décision de plaider coupable a été annoncée au tribunal par son avocat. L'accusé lui-même s'est borné à indiquer qu'il comprenait ce qui lui était reproché.

Le pays étranger concerné par cette affaire faisait théoriquement l'objet d'une interdiction de publication, mais la chaîne de télévision publique CBC a obtenu des documents judiciaires d'une audience antérieure révélant qu'il s'agirait de la Russie.

Ces documents ont apporté aussi de surprenantes révélations illustrant à la fois la facilité avec laquelle opérait l'espion et un manque de professionnalisme étonnant chez ses officiers traitants présumés.

Ainsi, Delisle avait entamé sa carrière d'espion en 2007 en entrant, portant des vêtements civils, à l'ambassade russe, où il a montré son document d'identité militaire et demandé à rencontrer un responsable du renseignement militaire.

Analyste, il travaillait dans un centre de communications et de renseignement HMCS Trinity à Halifax, utilisant des satellites et des drones pour surveiller le Nord de l'Atlantique, et avait accès à des renseignements de plusieurs pays de l'Otan, dont les Etats-Unis, l'Australie ou la Grande-Bretagne.

Pendant plusieurs années, il chargeait des informations confidentielles sur un disque dur miniature et les envoyait une fois par mois aux Russes, toujours selon la CBC. Il était payé environ 3.000 dollars par mois par ces derniers.

Il aurait tenté de mettre fin à cet arrangement en 2009, mais y aurait renoncé après avoir reçu une photo de sa fille sur le chemin de l'école.

Peu de temps après, toujours selon les mêmes documents, ses contacts russes --qui feraient partie du GRU, le service de renseignements de l'armée-- lui ont demandé de les rencontrer au Brésil. Là, ils lui ont dit qu'il allait être chargé de contacter différents agents secrets au Canada.

Delisle a accepté et s'est vu remettre 50.000 dollars en billets de banque. Puis, pour éviter des problèmes au contrôle à l'aéroport, les Russes les ont échangés contre 40.000 dollars en cartes de crédit prépayés et 10.000 dollars en liquide.

A son retour à Halifax, les services frontaliers lui ont demandé pourquoi il était allé pour quelques jours seulement au Brésil et pourquoi il transportait tant d'argent.

L'officier a répondu qu'il n'avait pas beaucoup de temps libre et qu'il aimait avoir du liquide sur lui. Les agents canadiens l'ont laissé partir, mais ont signalé l'incident à l'armée canadienne, qui a ouvert une enquête.

Dans les semaines qui ont suivi l'arrestation de l'officier quadragénaire, plusieurs diplomates russes ont quitté le Canada.

Ottawa s'est abstenu de tout commentaire et le ministère russe des Affaires étrangères a démenti tout lien entre leur départ et l'affaire d'espionnage.

Cependant, l'ambassadeur russe à Ottawa, Guéorgui Mamedov, a révélé que les deux pays avaient conclu une sorte d'accord de confidentialité, une confirmation indirecte du rôle de la Russie dans l'affaire.

La peine qui sera infligée à Delisle devrait être annoncée lors d'audiences programmées les 10 et 11 janvier prochains. Il risque entre cinq ans de prison et la réclusion à vie.

via/sab/mdm

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