NOUVELLES

Pussy Riot: une des jeunes femmes est libérée, deux autres restent en détention

10/10/2012 11:05 EDT | Actualisé 10/12/2012 05:12 EST

MOSCOU - L'une des membres de Pussy Riot a été libérée mercredi mais la cour d'appel de Moscou a décidé le maintien en détention des deux autres. Les trois jeunes femmes du groupe punk féministe russe avaient été condamnées à deux ans de camp pénitentiaire pour avoir chanté une «prière» anti-Poutine dans la principale cathédrale orthodoxe de la capitale.

L'affaire a suscité une indignation internationale, devenant un certain symbole de la répression de l'opposition sous le régime de Vladimir Poutine.

Les Pussy Riot ont accédé à la renommée hors des frontières russes le 21 février, lorsque cinq membres du groupe d'opposantes en collants et robe courte, affublés de cagoules de couleurs vives, ont dansé et chanté dans la cathédrale du Christ Saint-Sauveur, criant notamment «Marie mère de Dieu, chasse Poutine!». Trois ont été arrêtées en mars — Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Maria Alekhina, 24 ans, et Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans — et condamnées en août pour «hooliganisme motivé par la haine de la religion».

La cour d'appel de Moscou a ordonné la suspension de la peine et la libération d'Ekaterina Samoutsevitch mercredi au motif que l'intéressée avait été expulsée de la cathédrale par des vigiles avant de participer à la performance. Le père de la jeune femme s'est dit «profondément navré» pour les deux autres membres du groupe, qui devraient partir prochainement pour une colonie pénitentiaire alors que leurs avocats avaient tenté de faire valoir qu'elles étaient mères de jeunes enfants.

Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina ont crié de joie et pris Ekaterina Samoutsevitch dans leurs bras lorsque la cour a rendu sa décision. À sa sortie du tribunal, la jeune femme a été accueillie dans la rue par d'innombrables amis et journalistes.

Le président Poutine a récemment estimé que les sentences étaient justifiées et qu'il était «inadmissible de saper nos fondations morales, valeurs morales et d'essayer de détruire le pays». Des propos que les avocats de la défense ont dénoncé comme une pression présidentielle sur la cour d'appel.

L'Église orthodoxe avait exhorté la cour d'appel à la clémence si les jeunes femmes regrettaient leur coup d'éclat. Mais les accusées ont refusé de faire repentance mercredi.

«Si nous avons involontairement offensé des croyants par nos actions, nous présentons nos excuses. L'idée de la manifestation était politique, pas religieuse», a expliqué Ekaterina Samoutsevitch lors de l'audience en appel. «Comme lors des précédentes manifestations, nous avons agi contre le gouvernement actuel du président, et contre l'église orthodoxe russe en tant qu'institution du gouvernement russe, contre les propos politiques du patriarche russe. Voilà exactement pourquoi je ne considère pas avoir commis de crime», a-t-elle lancé.

Le juge a interrompu plusieurs fois les accusées quand leurs déclarations prenaient une tournure politique, mais les jeunes femmes ont tenu tête. «Nous ne nous tairons pas. Même si nous sommes en Mordovie ou en Sibérie, nous ne nous tairons pas», a assuré Maria Alekhina, faisant référence à l'éloignement des camps pénitentiaires.

Nadejda Tolokonnikova en a appelé à la compréhension des Russes. «Je ne me considère pas coupable. Mais je le demande encore une fois à tous ceux qui m'écoutent, pour la dernière fois: je ne veux pas que les gens soient en colère contre moi. Oui, je vais en prison, mais je ne veux pas que quiconque pense que j'éprouve de la haine», a-t-elle plaidé.

L'un des avocats de la défense, Mark Feïguine, a été surpris par la libération d'une seule des accusées. «Nous avons affaire à un jeu politique qui pourrait consister à diviser les Pussy Riot», a-t-il estimé.

«Il ne fait vraiment pas bon pour les droits de l'Homme en Russie en ce moment», a commenté Suzanne Nossel, directrice internationale d'Amnistie internationale aux États-Unis, dans un entretien téléphonique depuis Washington. «Voir ces deux femmes être envoyées dans une colonie pénitentiaire pour le crime d'avoir chanté une chanson sape toute revendication de démocratie et de liberté d'expression de Poutine et du gouvernement russe», a-t-elle jugé.

PLUS:pc