MONTRÉAL - Fred Fortin a « replogué » son Gros Méné pour jouer de la grosse guitare. Et quand le talentueux multi-instrumentiste s'éprend pour un projet, il est capable de lui donner forte résonnance. Distorsion du réel que cette nouvelle offrande intitulée Agnus Dei (il faut voir le dessin sur la pochette pour comprendre), l'album est néanmoins une vivifiante célébration d'un genre musical livré sans compromis. Rencontre montréalaise avec le créateur qui a mis son Amour dans l'ROCK.

À la genèse, le projet Gros Mené unissait Fred Fortin et le guitariste René Lussier. Après un premier chapitre d'une durée relativement courte, l'ami de toujours et guitariste Olivier Langevin (chanteur de Galaxie) a pris la relève de Lussier. En 1999, les deux gars du Lac-Saint-Jean mettaient au monde Tue ce drum Pierre Bouchard, un opus de rock sale et abrasif. Un son brut qui soulignait les ambiances musicales rock à gros trait.

Quelques treize années se sont ensuite écoulées et les projets se sont succédés (dont quatre albums solo de blues-folk-rock) pour le compositeur et chanteur de l'éternelle Moisi moé'ssi qui, au fil des saisons, s'est mérité un succès d'estime enviable auprès du public et de la critique. Pensons au disque Planter dans le décor, paru en 2004. Impossible non plus de passer sous silence la création du populaire groupe francophone décoiffant Galaxie, pour lequel Fortin assure la basse. À ces nombreuses aventures s'ajoutent quelques contrats de réalisation (Mara Tremblay, Arseniq 33, Thomas Fersen).

Cela dit, pour Gros Méné, rien n'a vraiment changé. La pédale de guitare est pour ainsi dire restée bien collée au plancher.

« C'est la guitare qui sert d'essence à ce projet », raconte Fred Fortin bien assis dans un divan rococo du Dépanneur Café. « Elle est soutenue par la basse (aussi livrée par Fred Fortin, son instrument de prédilection), la batterie (Pierre Fortin), et un peu de synthétiseur (Dan Thouin). J'ai d'abord fait des riffs de guitare électrique. Ensuite, j'ai moi-même incorporé la batterie dans les maquettes. Plus tard, j'ai proposé tout ça aux boys. Disons que Gros Méné 2012 c'est un projet solo et un trip de gang. Par contre, l'idée de base de Gros Méné est la même qu'avant : explorer un rock lourd guidé par la guitare branchée. La distorsion (que l'on retrouve à la fois dans les guitares mais aussi dans la voix de Fortin) aussi est en respect avec le concept. »

Le rock de St-Prime

Il ne faut par cherche midi à quatorze heures; sur cet album c'est la musique qui prime. Exit le lyrisme sentimentaliste, les mélodies langoureuses, et la douceur du lendemain. Pour Agnus Dei, le chanteur va à fond de train dans le party, le cynisme, (J'garde le fort), la belle folie (Liminant Ménard), les rêves de gars (L'amour à l'échelle 1/60) et les monstres marins. Les textes parlent sans artifices (mais avec un bel esprit imagé, quand même) de l'amitié, de la musique, de sexe, de séduction, de prostitution, d'hockey (la déroutante Ovechkin ou encore Bruins et « ses pattes de l'ours »), de Mercury Cougar (St-Prime) et d'histoires à se coucher tard (il faut entendre les paroles hallucinées de la chanson Vénus, qui effleure les plaisirs sexuels de la rue et un « Cou cou ketchu » à faire crier dans un char).

Et que dire de la pièce titre, écrite en hommage à l'amitié du batteur :

« Gros Méné

Pierre Bouchard a mis le feu
Dans le dynamo
Aujourd'hui y'é fucké
Comme Syd Barrett

C'était lui le messie
C'était lui l'agneau
Sacrifié comme le
Plus grand des prophètes

Signé un pacte pour une douze
J'y ai donné mon soul
À la vie, à la mort
Chus dans la secte

Gros Méné »

Groove de chalet

Agnus Dei a été créé dans l'atmosphère conviviale du chalet-studio de Fred Fortin à Saint-Félicien. À tour de rôle, les collaborateurs (dont les plus importants sont Pierre Fortin et Olivier Langevin) se sont présentés à la résidence secondaire du chanteur pour y enregistrer le jeu des batterie, basse et guitares. Avec moins d'importance, on retrouve aussi sur l'encodé de la slide, du synthétiseur, une machine à laver ou encore un « chéqueur ».

« Ils mangeaient et dormaient chez nous. Ça permettait d'être totalement imprégné dans le projet pour quelques jours. Le recording respecte assez l'idée du live. En général, on faisait les prises ensemble, en une prise. J'ai ajouté quelques petites affaires, c'est tout. Je trouve que c'est plus vrai comme façon de faire. Je voulais encore exploiter l'effet room. J'ai mis des micros avec les petits amplificateurs de guitares électriques dans une pièce isolée, question de mieux contrôler la distorsion. »

« J'ai placé un autre microphone pour la batterie dans la salle principale, qui ramassait l'ambiance sonore », ajoute-t-il. « C'est pour ça qu'on entend par exemple mon père dire "excellente cut " à la fin d'une des tounes ! J'aime aussi entendre le noise des guitares et les sons qui débordent ici et là sur le disque. J'ai volontairement laissé beaucoup de trucs du genre au montage sonore. »

« Pour le reste, l'approche de base est la même. Le beat est toujours là, comme sur le premier disque de Gros Méné. J'ai juste poussé le spirit. Les références ont changé. C'est moins stonercomme style, moins inspiré du psychédélique et plus teinté d'un son à la Dr John avec son album Gris-Gris. »

Résultat ? Un disque très accrocheur au départ (les trois premiers morceaux sont construits d'un rock sympathique à fond la caisse qui fait sourire et à la limite danser) qui change progressivement d'ambiance pour dériver vers des chansons qui demandent un peu plus d'attention. Mais qu'à cela ne tienne, les pauses sont précieuses comme de l'eau bénite. Du stock audacieux et bien fait pour les amateurs de musique qui décape.

Un son rock divinement perfectible mais diablement assumé.

Le musicien sort de son aquarium

La tournée de Galaxie ayant pris fin il y a quelques semaines, Fortin dit pouvoir se consacrer entièrement à son nouveau disque, tout comme aux nouveaux concerts de Gros Méné. Les premières prestations auront lieu dans les villes de Chicoutimi et de Dolbo les 26 et 27 octobre. La formation sera aussi à Montréal dans le cadre du festival Coup de cœur francophone, le 6 novembre à La Tulipe.

L'album Agnus Dei sortira le 16 octobre

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  • Fred Fortin

  • Le batteur Pierre Fortin, le chanteur Fred Fortin et le guitariste Olivier Langevin

  • Pierre, Fred Fortin et Olivier

  • Fred Fortin

  • Le batteur Pierre Fortin, le chanteur Fred Fortin et le guitariste Olivier Langevin

  • Fred Fortin