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Échec de la fusion EADS/BAE: un camouflet pour les patrons des deux entreprises

10/10/2012 08:38 EDT | Actualisé 10/12/2012 05:12 EST

PARIS - BAE Systems a annoncé mercredi qu'il avait mis fin aux discussions sur le projet de fusion avec EADS. Le groupe britannique a précisé dans un communiqué que les deux entreprises avaient «décidé de mettre fin à leurs discussions» sur ce projet en raison de conflits d'intérêt entre les gouvernements britannique, français et allemand.

Il était devenu évident «que les intérêts des parties au niveau gouvernemental ne pouvaient pas être suffisamment conciliés les uns avec les autres, ou avec les objectifs que BAE Systems et EADS avaient fixés pour la fusion», a ajouté BAE Systems.

«Je n'ai pas à regretter ou à me réjouir», a sobrement réagi le président français François Hollande, lors d'une conférence de presse conjointe avec le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

Les autorités britanniques des marchés financiers avaient accordé aux deux groupes d'aéronautique et de défense jusqu'à ce mercredi pour annoncer les modalités de leur éventuel rapprochement dévoilé mi-septembre.

Quatre heures avant l'heure butoir, les deux groupes ont finalement annoncé l'abandon des négociations. Tom Enders, patron de EADS, et Ian King, patron de BAE, n'ont pas caché pas leur «déception». Le premier, ancien patron d'Airbus, avait pris l'initiative de ce rapprochement. C'était au printemps, à la veille du 1er juin, date de sa prise de fonction officielle à la tête d'EADS.

Cet ancien militaire âgé de 53 ans caressait l'espoir de former le numéro un mondial de l'aéronautique et de la défense en fusionnant EADS et BAE. Le nouvel ensemble devait peser 78 milliards d'euros de chiffre d'affaires et s'imposer devant les deux leaders américains, Boeing et Lockheed Martin. Mais Tom Enders s'est heurté aux divergences d'intérêts entre les États français et allemands et Londres, qui veillait aux destinées de BAE, premier employeur de l'industrie britannique.

La France a aussi ferraillé contre Berlin. Car, contrairement à l'Allemagne, a rappelé François Hollande, «la France est actionnaire». Sa participation s'élève à hauteur de 15 pour cent du capital d'EADS. «Elle a donc posé un certain nombre de conditions pour que les responsables de ces deux entreprises sachent bien ce que nous pouvions accepter et ce que nous ne pourrions pas admettre», a expliqué M. Hollande.

Le différend entre Berlin et Paris portait notamment sur la localisation des sièges sociaux. «Donc des emplois», a rappelé le président français.

Ian King s'est lui heurté au veto d'Invesco Perpetual, actionnaire de référence de BAE. Ce fonds (13,3 pour cent des droits de vote) avait officiellement fait part de ses réserves quant à la pertinence stratégique de cette fusion.

L'affaire met Ian King en mauvaise posture. «Ce sera difficile pour lui professionnellement et personnellement», analyse David Reeths, directeur conseil du cabinet IHS Jane's. Le sort de Tom Enders soulève, lui, des interrogations. «Tom Enders sera probablement fragilisé par cette tentative audacieuse de redessiner le paysage européen de l'aéronautique et de la défense (...) Mais il en sortira avec une vision plus claire de la façon de profiler EADS», pense M. Reeths.

L'échec des négociations devrait aussi laisser des traces dans la gouvernance d'EADS, dont les deux actionnaires privés, l'allemand Daimler (15 pour cent du capital) et Lagardère (7,5 pour cent du capital) souhaitent sortir à terme. «J'ai confiance en EADS. C'est une très grande entreprise qui aujourd'hui obtient de très grands succès au plan international, crée des emplois», a fait valoir François Hollande.

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