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Attaque des dromadaires lors du soulèvement en Égypte: les 24 accusés acquittés

10/10/2012 04:28 EDT | Actualisé 10/12/2012 05:12 EST

LE CAIRE, Égypte - Un tribunal égyptien a acquitté mercredi 24 partisans de l'ancien président Hosni Moubarak accusés d'avoir organisé «l'attaque des dromadaires» lors du soulèvement de l'an dernier sur la place Tahrir du Caire.

L'attaque spectaculaire, lors de laquelle des hommes montés sur des dromadaires et des chevaux ont chargé la foule de manifestants, a été l'un des incidents les plus violents du Printemps arabe en Égypte.

Les 24 hommes ont été déclarés innocents des accusations d'homicide involontaire et de tentative de meurtre qui pesaient contre eux. Parmi les accusés figuraient plusieurs personnalités de haut rang du régime Moubarak, dont l'ancien président du Parlement, le chef de l'ancien parti au pouvoir, des ministres et des hommes d'affaires. Un 25e accusé est mort au cours du procès.

L'assaut du 2 février 2011 a fait une dizaine de morts et a représenté un point tournant du soulèvement de 18 jours qui a mené à la chute d'Hosni Moubarak. L'attaque s'était produite au lendemain d'une allocution télévisée du président Moubarak, dans laquelle il avait affirmé qu'il démissionnerait éventuellement. Son discours émotif avait attiré la sympathie et fait diminuer le nombre de manifestants sur la place Tahrir, le coeur du soulèvement.

C'est alors que l'attaque s'est produite. Des partisans du président infiltrés dans la foule ont commencé à attaquer les manifestants sur la place. Dans la mêlée, des hommes montés sur des dromadaires et des chevaux sont arrivés et ont commencé à battre et à piétiner les manifestants.

L'assaut, diffusé en boucle sur les télévisions nationales, s'est transformé en bataille rangée qui a duré deux jours. Les deux camps se sont affrontés à coups de pierres, de briques et de cocktails Molotov. Des milliers de manifestants supplémentaires ont afflué sur la place Tahrir pour la défendre. L'affrontement s'est terminé quand les manifestants ont chassé les partisans de Moubarak de la place, galvanisant le soulèvement qui a provoqué la chute du président quelques jours plus tard, le 11 février.

Le juge Mustafa Abdullah a indiqué que les accusés avaient été acquittés parce les déclarations de certains témoins étaient faibles et «motivées par la rancune partisane entre les témoins et les accusés».

Le juge a aussi souligné que certains témoins avaient un dossier criminel, dont un pour parjure. Malgré l'existence d'un liste des victimes, le juge a déclaré qu'il avait retenu le témoignage d'un haut responsable militaire ayant assuré que personne n'avait été tué durant l'attaque des dromadaires.

Les avocats de la défense avaient demandé l'acquittement parce qu'ils estimaient que les preuves n'étaient pas suffisantes pour incriminer leurs clients. Un responsable du bureau du procureur général a indiqué qu'un avocat avait été chargé d'analyser les raisons du verdict, signe que le ministère public va probablement faire appel.

Un haut responsable des Frères musulmans, Mohammed el-Beltagi, a qualifié l'acquittement de «farce» et a appelé le nouveau président égyptien, Mohammed Morsi, à intervenir pour exiger un nouveau procès.

Les militants pro-démocratie prévoient organiser une grande manifestation vendredi au Caire pour critiquer les trois premiers mois de la présidence de M. Morsi. L'acquittement des 24 accusés, dont certains des responsables les plus honnis du régime Moubarak, risque d'alimenter leur colère.

Près de 1000 manifestants ont été tués durant le soulèvement contre Moubarak, la plupart dans des affrontements avec les forces de sécurité durant les premiers jours du mouvement. Mais presque tous les responsables et policiers accusés pour la mort de manifestants ont été acquittés, la plupart pour manque de preuves.

Hosni Moubarak a quant à lui été condamné à la prison à vie pour ne pas avoir fait cesser les violences contre les civils.

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