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"A cause de la crise, le sport espagnol va perdre en qualité" (économiste)

10/10/2012 07:37 EDT | Actualisé 10/12/2012 05:12 EST

L'économiste José Maria Gay de Liebana, récent auteur d'un rapport sur les comptes du football espagnol, estime que la crise économique qui affecte la plupart des sports ibériques a déjà des effets sur la qualité des performances espagnoles.

"Le sport espagnol vit une période dure", qui va amener l'Espagne à se replier à nouveau "sur ses talents individuels", affirme ce professeur d'économie de l'Université de Barcelone.

Q: La crise que vivent certains clubs de football en Espagne, lourdement endettés, et celle d'autres sports est-elle comparable?

R: "Pas tout à fait, non. La crise du football repose elle sur deux facteurs- la crise générale bien sûr - mais aussi une crise propre au foot espagnol qui, durant des années, a dépensé beaucoup plus que ce qu'il engrangeait, certains clubs s'offrant des joueurs qu'ils ne pouvaient pas se payer. S'ajoute à cela un système à deux vitesses, qui déséquilibre les comptes de beaucoup de clubs: presque 50% des droits télé de la Liga vont ainsi dans les caisses du Real et du Barça... Les autres sports ont eux agi un peu plus prudemment: dans leur cas, c'est surtout le retrait des subventions publiques locales - commune, département, région - qui a plombé leurs finances, couplé au fait que leurs anciens sponsors, frappés par la crise, coupent eux aussi le robinet. C'est par exemple ce qui fait qu'un club comme Minorque en basket, pourtant promu en première division l'année dernière, a dû mettre la clef sous la porte."

Q: Cette crise peut-elle avoir une incidence durable sur la qualité des performances espagnoles?

R: "Oui, surtout dans la mesure où elle a aussi une incidence sur le sport non professionnel, sur la détection et la base de la pyramide. Par exemple, là où il y avait 40 entraîneurs dans une école de basket ou de hand, il va y en avoir 20. Je pense donc que le sport espagnol va perdre en qualité. D'ailleurs cela s'est déjà vu lors des derniers jeux Olympiques à Londres (l'Espagne a fini 21e au tableau des médailles avec 17 médailles dont 3 en or, contre 18 dont 5 en or en 2008, ndlr). Nous allons une nouvelle fois dépendre de talents individuels, d'un Nadal, d'un Contador."

Q: Le Conseil Supérieur des Sports, l'équivalent du ministère des sports a récemment annoncé une baisse de ses subventions aux fédérations, qui devront lui présenter d'ici fin octobre un plan de financement propre. Est-ce viable?

R: "Oui pour certaines d'entre elles. Voilà déjà deux ans que la fédération de football ne dépend plus de l'argent public et est autosuffisante. Pour cela, elle fait par exemple partir au mois d'août la sélection espagnole à Porto Rico, ce qui a été beaucoup critiqué. Mais ces matches à l'extérieur rapportent chaque fois 2 à 3 millions d'euros à la fédération, qui peut ainsi fonctionner comme une entreprise privée. Bien sûr, on parle d'une exception, mais je crois que la fédération de basket, avec ses vice-champions olympiques et aussi la fédération de tennis pourraient adopter le même modèle."

Q: L'Espagne va organiser, les Mondiaux de handball en 2013, les Mondiaux de basket et ceux de cyclisme en 2014, et est aussi candidate pour accueillir les JO-2020 à Madrid. Ca ne fait pas un peu beaucoup?

R: "Cela fait beaucoup en effet. Je crois qu'il y a là un problème de planification. C'est très positif, en temps normal, d'accueillir ce genre d'événements. Mais maintenant que les fonds publics se font rares, je pense que cela fait trop. Il est probable que l'un de ces événements ne pourra pas avoir lieu au final (Ponferrada a ainsi du mal à réunir les 5 millions d'euros réclamés par l'Union cycliste internationale pour l'organisation des Mondiaux-2014, ndlr)."

Q: Madrid devrait-elle retirer sa candidature aux Jeux 2020 comme l'a fait Rome?

R: "Selon moi, oui. Mettre en branle une organisation de jeux Olympiques avec cette situation économique compliquée que nous avons aujourd'hui, ce n'est pas la priorité. Par ailleurs, l'argument de Jeux à faibles coûts brandi par le comité d'organisation est discutable. Une candidature, ça coûte toujours quelque chose: lancer des campagnes marketing, cultiver ses réseaux, faire un minimum de travaux... A mon avis, Madrid en ce moment ne peut pas se permettre ce genre d'aventure olympique."

Propos recueillis par Christophe LEHOUSSE

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