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Syrie: le camp de Qah accueille ses premiers déplacés

09/10/2012 12:46 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

"C'est mieux que de dormir à la belle étoile, dans la crasse et sous les oliviers". Avec sa femme et ses six enfants, Ahmed vient de poser ses maigres biens dans le camp de déplacés de Qah, aménagé en périphérie d'un petit village syrien proche de la frontière turque.

Pour ce quadragénaire, peintre ouvrier en bâtiment originaire de la province d'Alep (nord), c'est la quatrième et dernière étape d'un éprouvant voyage entamé il y a neuf mois pour fuir la guerre.

Jusqu'à présent installés dans un campement de fortune le long de la frontière turque, une centaine de femmes et d'enfants, valises en mains et balluchons sur la tête, ont été ainsi transférés mardi dans le camp de Qah.

Initiative locale financée par des fonds libyens, le camp de Qah est géré par un religieux modéré, cheikh Omar Rahmoun, avec le soutien de plusieurs notables du village proche d'Atme, l'une des principales bases arrières de la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad dans la province d'Idleb (nord-ouest).

Il s'agit du premier camp ainsi organisé dans les territoires sous contrôle de la rébellion, où des milliers de déplacés ne reçoivent aucune aide d'organisations humanitaires internationales et survivent le plus souvent grâce à la solidarité des villageois.

A peine débarqué du bus, c'est la course pour obtenir la tente en meilleur état, la plus grande, ou, comme pour Nasser Khalil, la plus proche des toilettes pour sa veille mère "malade" et qui peine à marcher.

Mère de deux enfants en bas âge, Aïcha, dont le mari, combattant au front, est absent, s'est vue attribuer une tente pour elle seule. Les fratries s'installent côte-à-côte.

Les gamins excités chahutent entre les tentes. Epuisée mais souriante, une grand-mère s'assoit sur les gravillons devant la tente qu'elle s'est apparemment choisie.

On note sur un cahier les noms, les compositions des familles, les régions d'origine, un inventaire des besoins les plus urgents, comme le lait en poudre pour les nourrissons.

Des matelas, des couvertures ainsi que des draps sont distribués. Les déplacés disposent sur place de blocs sanitaires en préfabriqué, d'un accès libre à l'eau, prise sur le réseau municipal, et bientôt de l'électricité. On leur promet deux repas par jour. Un luxe par rapport à leur précédent lieu d'accueil.

Ils s'entassaient jusqu'à présent en périphérie d'Atme, à quelques mètres des barbelés de la frontière turque, dans des conditions sanitaires catastrophiques, sous des tentes plantées au beau milieu des vergers d'oliviers.

Alors que l'hiver approche et que les premières pluies sont déjà arrivées, certaines familles y dorment sur de simples tapis de sol et à la belle étoile.

Pas d'eau, encore moins de toilettes, si ce n'est de simple feuillets malodorants à peine creusés dans la terre meuble, dissimulés derrière des couvertures accrochées aux branches. Chaque famille fait la cuisine sur des feux de bois. On vit ici au milieu des ordures et des déjections, avec le mince espoir d'être accueilli en Turquie comme réfugié.

Sous l'étroite surveillance des militaires turcs, la frontière ne s'ouvre chaque jour que pour laisser le passage au compte-gouttes à quelques heureux élus, alors que la Turquie croule déjà sous les réfugiés.

Beaucoup de familles souhaitent quitter les lieux. Faute d'exil turc, elles ont donc préféré s'installer au camp de Qah en attendant mieux, ou, dans le cas d'Ahmed le réfugié d'Alep, jusqu'à la chute du régime.

"Je ne bouge plus jusqu'à la fin d'Assad", assure-t-il, assis sur le tapis de sol de sa tente, entouré de ses enfants.

En cours d'aménagement depuis une dizaine de jours, le camp de Qah doit accueillir jusqu'à 5.000 déplacés, selon ses maîtres d'oeuvre.

Les travaux ont débuté il y a une dizaine de jours à flanc d'une colline rocailleuse, en périphérie de Qah, petit village à environ 3 kilomètres de la frontière.

Le camp est aménagé sur près de 40.000 mètres carrés de terrain agricole, défriché et aplani par des engins de terrassement, où ont été installées quelques dizaines de tentes de toile beige.

hba/sbh

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