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Nobel de physique: Serge Haroche salue l'aboutissement d'un long travail d'équipe

09/10/2012 07:41 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

PARIS - PARIS (Sipa) — Le physicien français Serge Haroche, 68 ans, s'est déclaré "très surpris et très heureux" mardi de recevoir le prix Nobel de physique 2012, conjointement avec l'Américain David Wineland. Ils sont récompensés pour leurs travaux sur les interactions entre la lumière (les photons) et la matière (les atomes).

"Je suis très content de partager ce prix Nobel avec David Wineland. C'est un ami et un collègue avec lequel nous avons des relations depuis longtemps", a expliqué le physicien français lors d'une conférence de presse au Collège de France à Paris. "Depuis l'annonce du prix, j'ai été assailli de tas de coups de téléphone et d'interviews qui m'ont empêché de réfléchir. Je ne réalise toujours pas!", a-t-il confié. "J'espère que les sollicitations liées au Nobel vont ensuite décroître!"

Il a déclaré un peu plus tôt à l'Associated Press avoir appris la nouvelle au téléphone alors qu'il se trouvait dehors et avoir dû s'asseoir sur un banc, sous le coup de l'émotion.

"Je tiens à dire que ce prix est l'aboutissement de longues années de travail au sein du labo Kastler-Brossel, c'est un travail d'équipe que je poursuis depuis longtemps avec Jean-Michel Raimond et Michel Brune", a souligné Serge Haroche. "C'est aussi un travail qui vient d'une longue tradition de l'optique dans ce laboratoire: avant moi, il y a eu le prix Nobel de Claude Cohen-Tannoudji en 1997 et, avant lui encore, celui d'Alfred Kastler en 1966. C'est une filiation que je revendique." Le physicien a insisté sur l'importance d'avoir une équipe constituée de longue date, travaillant sur le long terme.

Interrogé sur les retombées de son prix Nobel, Serge Haroche a précisé qu'il n'avait pas de revendications pour lui-même ou son groupe, qu'il estime déjà "privilégié", mais qu'il espérait pouvoir peser en faveur d'une simplification du système actuel de la recherche.

"Il est important d'attirer des jeunes vers des carrières qui leur permettent de vivre de façon normale et de poursuivre leurs recherches dans des conditions optimales. Pour cela, il faut alléger les procédures, réduire la bureaucratie, diminuer les tracasseries administratives et créer un système dans lequel on leur fera enfin confiance", a-t-il plaidé.

Au sujet de ses travaux, Serge Haroche a expliqué que son groupe "essaie d'étudier les interactions entre la matière et la lumière sous la forme la plus simple possible et dans des conditions qui font apparaître de façon explicite les lois de la physique quantique".

Interrogé sur les applications de ces recherches, le Nobel a expliqué qu'elles avaient déjà permis de mettre au point des horloges atomiques et optiques incroyablement précises. Quant à l'ordinateur quantique, sur lequel travaille l'équipe de David Wineland, le physicien français s'est montré plus nuancé. "Si vous posez la question à David Wineland, il se montrera plus enthousiaste que moi. Il pense que l'ordinateur quantique verra le jour dans un avenir raisonnable. Moi, je suis plus sceptique."

"Je ressens un immense bonheur", a réagi de son côté Claude Cohen-Tannoudji, directeur de thèse du lauréat. "Je suis heureux pour Serge Haroche: il a des qualités d'imagination, de dynamisme, de créativité, de profondeur dans l'analyse." "Il a également de grandes aptitudes pour l'enseignement", a précisé Claude Cohen-Tannoudji.

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