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Le peintre américain Edward Hopper fait l'objet d'une rétrospective à Paris

09/10/2012 08:01 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

PARIS - Ses toiles incarnent la quintessence de l'Amérique. Des grandes maisons de la Nouvelle-Angleterre, une station-service désertée, une femme seule assise au bord d'un lit, autant d'images connues nées sous le pinceau d'un seul homme, Edward Hopper.

Grâce à la première grande rétrospective consacrée au peintre américain (1882-1967), le Grand Palais de Paris offre à partir de mercredi un éclairage chronologique sur le travail plus complexe qu'il n'y paraît de l'artiste.

Autour de 128 toiles, aquarelles et gravures, Didier Ottinger, commissaire de l'exposition et directeur adjoint du Centre Pompidou, voulait surtout «insister sur le rôle de Paris dans l'oeuvre de Hopper, son histoire avec la France et sa fréquentation assidue du Louvre», tout en «l'ancrant dans la tradition picturale américaine», a-t-il expliqué à l'agence Sipa.

Fasciné par la culture française, Edward Hopper effectue trois séjours à Paris, au cours desquels il «se convertit au post-impressionnisme». Il étudie les grandes toiles du Louvre auxquelles il fera référence dans ses futurs tableaux.

Il peint notamment des coupes du bâtiment du musée, Notre-Dame, où son style est déjà perceptible: «un mode de décomposition emblématique de sa peinture où le bâtiment est tronçonné par le bas, sans personnage alentour», note Didier Ottinger, qui a sélectionné plusieurs artistes contemporains d'Hopper ayant influencé le jeune peintre.

De retour aux États-Unis, nostalgique de la France, il réalise «Soir bleu», au titre emprunté à une poésie de Rimbaud qu'il lisait dans le texte. Sans grand succès auprès des critiques et en décalage avec ses contemporains américains en plein art réaliste.

Alors Hopper tâtonne, s'exerce à la gravure et gagne sa vie en réalisant des illustrations de commande, dans lesquelles il doit exalter les valeurs de la société américaine: la révolution industrielle, l'essor technologique, les grands espaces.

Tous les éléments constitutifs de son univers finissent par s'imbriquer: couleurs vives, lumière particulière sur un lieu, bâtisse, magasin, où sont posés des personnages aux traits flous ou absents. Ce sont ses aquarelles de la Nouvelle-Angleterre, «de la banalité américaine», qui lui ouvrent les portes du succès, en 1924 à l'âge de 42 ans.

À partir de ce jour, il se consacre entièrement à la peinture et réalise cent toiles jusqu'à sa mort en 1967. Parmi ses premiers tableaux, «House by the railroad», l'un des plus célèbres qui a inspiré la maison du film «Psychose» d'Alfred Hitchcock, représente une immense maison blanche, dotée d'une tourelle, sans aucun élément autour si ce n'est une voie de chemin de fer.

«Il juxtapose deux registres iconographiques, l'Amérique rêvée dont il a la nostalgie» représentée par la maison de style européen, «symbole de l'âge d'or» du pays, face «à la modernité, incarnée par la voie de chemin de fer», souligne Didier Ottinger.

Et ce sont toutes ces scènes de vie américaine, qui semblent si simples dans leur composition picturale, devenues parties intégrantes de notre représentation des États-Unis que la dernière partie de l'exposition présente. Tel que le célébrissime «Nighthawks» (Oiseaux de nuit), où un couple accoudé à un bar semble parler au barman, point lumineux dans une rue sombre, une scène qui semble sortie d'un film noir américain des années 50.

Si Edward Hopper «cristallise l'imaginaire américain, il portait cependant un regard assez ironique et critique sur ce que son pays devenait» et sur ses valeurs de consumérisme, d'ivresse du loisir, du dynamisme à tout crin, l'énergie, auxquels Hopper résiste à travers ses toiles, assure Didier Ottinger.

Allant jusqu'à le comparer à «une vigie» de la société, le commissaire de l'exposition pointe des tableaux exécutés au début de la Seconde Guerre mondiale, où Hopper peint un chien les oreilles aux aguets «Cape Cod Evening», ou encore son inquiétude face au maccarthysme dans «Conference at Night».

Et comme un pied de nez, sa dernière toile peinte en 1966, représente un couple de comédiens, Hopper et sa femme, qui salue le public, une référence explicite au «Gilles» de Watteau, que le jeune Américain à Paris avait tant admiré au Louvre.

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