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L'amnistie décidée par Morsi est positive mais pas suffisante (militants)

09/10/2012 07:37 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

La décision du président égyptien Mohamed Morsi d'amnistier les personnes arrêtées pour "soutien à la révolution" de l'an dernier est un pas positif mais la vague formulation du décret pourrait en exclure certains, ont estimé mardi des défenseurs des droits de l'Homme.

"C'est une très bonne décision mais la distinction entre un détenu politique et un criminel est fondamentalement problématique", a dit Heba Morayef, de Human Rights Watch.

Lundi soir, la présidence a publié sur sa page officielle sur Facebook un décret amnistiant les faits "commis dans le but de soutenir la révolution et réaliser ses objectifs dans la période allant du 25 janvier 2011 au 30 juin 2012, à l'exception des crimes d'homicide volontaire".

Le décret "laisse la porte ouverte (aux autorités) pour dire +ceux-là ne sont pas des révolutionnaires+", a dit Mme Morayef.

La "révolution du 25 janvier" 2011, pendant laquelle des centaines de milliers d'Egyptiens ont manifesté sans relâche pour exiger le départ du régime dictatorial de Hosni Moubarak, a obligé ce dernier, au pouvoir depuis 1981, à démissionner.

Des centaines de personnes ont été arrêtées pendant les 18 jours du soulèvement et des centaines d'autres lors des manifestations qui ont suivi lorsqu'un conseil militaire a été chargé de diriger le pays pendant la période de transition.

L'amnistie "est un pas dans la bonne direction mais n'est pas suffisante", selon le militant Wael Khalil, qui estime que M. Morsi aurait dû ordonner que ceux reconnus coupables de crimes soient rejugés.

"C'est ce qu'il aurait fallu faire", renchérit Mme Morayef.

L'amnistie concerne les personnes déjà condamnées par la justice et celles qui font toujours l'objet d'une enquête ou sont en cours de jugement, selon le décret.

Mais le "soutien à la révolution" mentionné par le décret pourrait laisser de côté certains détenus, selon des militants.

"La décision est très vague. Le problème n'est pas tant (les arrestations pendant) les manifestations, mais aussi les arrestations arbitraires dans la rue", dit au quotidien indépendant Al-Chourouq Maha Mamoun, du groupe "Non aux procès militaires pour les civils".

Ce décret intervient 100 jours après l'accession au pouvoir de M. Morsi, premier président égyptien à être librement élu.

Il intervient également alors qu'une manifestation est prévue mardi pour commémorer le premier anniversaire des évènements dits "de Maspero", pendant lesquels 28 personnes selon Amnesty International ont été tuées dans des affrontements avec les forces de l'ordre lors d'un rassemblement de Coptes (chrétiens d'Egypte).

"Le timing de la décision est significatif au moment où les gens évaluent la performance de Morsi", selon Mme Morayef.

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