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La soeur d'un manifestant copte retrace ses derniers pas avant sa mort

09/10/2012 02:40 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

Vêtue d'une chemise noire portant le nom en cramoisi de son frère Mina, Mary Daniel retrace son parcours avant sa mort il y a un an lors d'une manifestation de Coptes (chrétiens d'Egypte) réprimée par les forces de l'ordre.

Mina, un Copte de 20 ans qui avait pour idole Che Guevara, a quitté la maison familiale le 9 octobre 2011 pour rejoindre une manifestation de Coptes devant les locaux de la télévision d'Etat, dans le quartier de Maspero au Caire.

Avec lui, des milliers de Coptes manifestent pour protester contre l'incendie d'une église dans le gouvernorat d'Assouan (sud) avant que la marche ne dégénère en affrontements avec les soldats stationnés devant la télévision.

Des versions divergentes ont circulé sur l'origine des violences. Plusieurs témoins ont dit que les manifestants avaient été visés par les tirs de soldats et qu'une trentaine de personnes étaient mortes écrasées par des véhicules blindés.

Un an plus tard, plusieurs milliers d'Egyptiens ont retracé le parcours de la marche de l'an dernier, partant dans la solennité du quartier populaire de Chobra vers Maspero.

"La seule différence entre cette année et l'année dernière est que ceux qui ont tué mon frère ont été honorés et affectés à des postes supérieurs", déplore Mme Daniel.

Le président Mohamed Morsi, élu en juin, a mis à la retraite le chef de l'armée le maréchal Hussein Tantaoui, alors chef d'Etat de fait, et l'a nommé conseiller du président, une fonction largement honorifique. Une décision surprise qui a permis au nouveau dirigeant élu de reprendre la main face à la hiérarchie militaire.

"Rien n'a changé. Le régime est toujours le même", insiste toutefois la jeune femme.

Les Coptes, qui représentent de 6 à 10% des Egyptiens selon les estimations, s'estiment discriminés dans une société en grande majorité musulmane. Ils ont été visés par plusieurs attentats.

"Je serai satisfaite, et justice sera rendue aux martyrs (tués l'an dernier), quand nous serons des citoyens à part entière et quand les revendications de la révolution seront satisfaites", dit Mme Daniel. "C'était le rêve de mon frère".

Après la mort de Mina, le pays, dirigé par un conseil militaire, a élu un président islamiste, contesté par de nombreux coptes, et les militaires se sont dégagé de toute responsabilité dans la répression de la manifestation.

Un tribunal militaire a condamné deux soldats à deux ans de prison chacun pour homicide involontaire et un troisième à trois années de détention, selon des médias égyptiens.

Ishaq Ibrahim, un avocat membre du mouvement de défense des droits de l'Homme Egyptian Initiative for Personal Rights, accuse l'armée de continuer à profiter d'une totale impunité face à la justice.

Les militaires ont nié tout rôle dans la mort des manifestants, accusant une "troisième partie", jamais nommée.

"Après un an, le sort de cette affaire est absurde. La justice n'a pas suivi son cours, et les responsables et ceux qui ont incité ces événements n'ont toujours pas dû répondre de leurs actes", ajoute-t-il.

Malgré les assurances de M. Morsi, les Coptes, qui se disaient déjà marginalisés sous Hosni Moubarak, craignent de plus en plus pour leur sécurité.

A Rafah, dans l'est, des familles coptes ont été forcées de quitter leurs maisons ces dernières semaines à la suite de menaces de mort.

Quelques heures après une visite dans la ville du président Morsi, venu "rassurer" les Coptes, des tirs ont visé le domicile d'un Copte resté à Rafah.

Au cours des derniers mois, plusieurs Coptes ont comparu et ont parfois été condamnés sous l'accusation d'insulte à l'islam.

"Notre peur grandit", affirme Nadir Choukri, porte-parole de l'Union des jeunes de Maspero, formée par des militants coptes après la manifestation meurtrière d'octobre 2011.

"La situation empire, les attaques confessionnelles se poursuivent et se propagent dans tout le pays", ajoute-t-il.

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