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Iran: la cotation des devises suspendue sur un marché parallèle gelé

09/10/2012 08:31 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

La cotation de toutes les devises étrangères a été suspendue mardi sur le marché libre des changes de Téhéran, où toutes les transactions demeuraient gelées une semaine après l'effondrement de la monnaie iranienne.

Aucun des principaux sites dédiés au marché parallèle des devises et de l'or ne publiait mardi de taux de change pour le dollar, l'euro ou la livre britannique ni pour aucune autre devise étrangère.

Dans le passé, les autorités ont censuré à plusieurs reprises les cotations des sites spécialisés lorsque le rial iranien était trop malmené sur le marché libre.

Dans le centre de Téhéran, le dollar était toujours affiché mardi chez les changeurs officiels de ce marché au taux de 28.500 rials imposé depuis samedi par la Banque centrale, mais tous affirmaient n'avoir aucune devise à vendre.

Sur le petit marché noir qui s'est développé depuis la semaine dernière, le billet vert était proposé autour de 32.000 rials à l'achat et 34.000 à la vente, en hausse de 2.000 rials par rapport à la veille.

Le marché libre des devises est bloqué depuis le 3 octobre, lorsque la monnaie iranienne y a dévissé de 40% en quelques heures pour tomber de 26.000 à 36.000 rials par dollar. Cette chute a provoqué des incidents entre des acheteurs paniqués et les forces de l'ordre, et la fermeture des bureaux de change pendant 48 heures.

Les changeurs officiels ont pu réouvrir samedi, mais à un taux imposé par la Banque centrale qu'ils refusent d'appliquer par crainte de perdre de l'argent.

L'Iran fait face depuis plusieurs mois à une pénurie croissante de devises, empêchant la Banque centrale de soutenir le rial qui a perdu près des deux tiers de sa valeur sur le marché libre depuis le début de l'année.

Cette pénurie résulte des sanctions bancaires et pétrolières occidentales de plus en plus rigoureuses contre le programme nucléaire controversé de Téhéran, qui empêchent notamment l'Iran de rapatrier une part importante des devises que lui procurent ses exportations.

L'effondrement du rial a entraîné une polémique au sein du pouvoir, plusieurs parlementaires et responsables politiques mettant en cause la gestion de la crise par le président Mahmoud Ahmadinejad qui a répliqué en dénonçant la résistance opposée par les principales institutions à l'action du gouvernement.

Le gouvernement et le Parlement se sont rencontrés à plusieurs reprises ces derniers jours pour tenter de dénouer la crise, a indiqué mardi, selon l'agence Isna, un porte-parole du Parlement sans donner de détails sur les mesures qui auraient été prises.

Le président de la commission du Budget du Majlis, Gholamreza Mesbahi Moghaddam, a précisé mardi, selon les médias iraniens, que le marché libre des changes demeurait légal, mais que les changeurs ne devaient pas prendre une commission supérieure à 1%.

Il a par ailleurs indiqué qu'une cinquantaine de changeurs au noir, officiellement qualifiés de "perturbateurs", avaient été arrêtés depuis les incidents de la semaine dernière.

A côté du marché libre, le taux bancaire officiel du dollar est toujours de 12.260 rials, mais ce taux fixe, inchangé depuis plusieurs mois, est réservé aux administrations ou à quelques entreprises importatrices dans des secteurs jugés essentiels pour le pays.

La plupart des autres entreprises ou les particuliers doivent en revanche se procurer sur le marché libre les devises dont ils ont besoin.

Outre les voyageurs ou les familles envoyant de l'argent à leurs proches vivant à l'étranger, de plus en plus d'Iraniens cherchent à acheter des devises pour se prémunir contre une inflation galopante, officiellement proche de 25% mais beaucoup plus importante en réalité.

Pour tenter de contourner les sanctions bancaires et d'alléger la pression sur le marché parallèle, le gouvernement a créé fin septembre un marché de gré à gré entre entreprises exportatrices et importatrices, les premières vendant directement aux secondes, à un taux proche de celui du marché libre, des devises bloquées sur des comptes à l'étranger.

Quelque 700 millions de dollars auraient ainsi changé de main ces trois dernières semaines selon l'agence Fars, mais sans parvenir jusqu'à présent à relâcher la pression sur la monnaie iranienne.

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