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Au tour du Parti libéral d'être éclaboussé par le témoignage de Lino Zambito

09/10/2012 08:47 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - C'est au tour de la scène politique provinciale d'être éclaboussée par la Commission Charbonneau sur l'octroi et la gestion des contrats dans l'industrie de la construction, car de nouvelles allégations font état de financement illégal au sein du Parti libéral de l'ex-premier ministre du Québec, Jean Charest.

Après avoir fait part d'allégations de stratagèmes de truquages d'offres et des liens entre le monde municipal et la mafia, l'ex-propriétaire d'Infrabec et témoin vedette de la Commission, Lino Zambito, en a formulé de nouvelles, celles-là de trafic d'influence pendant le règne du Parti libéral du Québec.

M. Zambito soutient avoir organisé en 2008 une soirée de financement fort lucrative pour le compte de l'ancienne vice-première ministre et ex-ministre des Affaires municipales du Québec, Nathalie Normandeau.

Il dit avoir amassé 110 000 $ en dons et avoir utilisé un système de prête-noms pour contourner la limite légale des dons aux partis politiques, qui est fixée à 3000 $.

Il affirme avoir proposé cette entente à un important collecteur de fonds du Parti libéral du Québec (PLQ).

«Je veux inviter une vingtaine de personnes, vingt, vingt-cinq personnes et aller chercher un montant de 100 000 $, aurait-il déclaré, avant d'obtenir cette réponse de son interlocuteur: «Écoutez, n’oubliez pas que la loi permet un don de 3 000 $ par individu».

«J’ai dit : "C’est très bien"», a ajouté M. Zambito.

Pour contourner la loi, l'ex-propriétaire d'Infrabec dit avoir fait appel à des prête-noms. Dans un exemple qu'il a donné, il dit avoir demandé au vice-président de son entreprise de construction — qui a fait faillite depuis — d'écrire un chèque personnel qui lui serait remboursé par l'entreprise.

Questionné à propos du rapport du PLQ, qui a plutôt fait état de dons totalisant 77 500 $ pour cette soirée de financement, M. Zambito s'est dit incapable d'expliquer cette contradiction.

M. Zambito a fait part de ces allégations lors d'un témoignage livré la semaine dernière devant la Commission Charbonneau, sous une ordonnance de non-publication. L'ordonnance a été partiellement levée mardi.

Il semble que le témoin vedette connaisse bien Mme Normandeau, qui a quitté la scène politique depuis. M. Zambito aurait envoyé 40 roses rouges à l'ex-politicienne pour souligner son 40e anniversaire de naissance; il l'aurait invitée et aurait assisté à un spectacle de Céline Dion au Centre Bell avec elle et des membres de son entourage; et il lui aurait également offert des billets pour un spectacle de Madonna. Il a précisé ne pas être certain que Mme Normandeau eut utilisé ces derniers billets.

Un incident surprise aurait permis à M. Zambito de découvrir à quel point il pouvait être payant de développer de bons liens avec le parti au pouvoir.

Il dit avoir été approché, en 2007, par un membre de l'entourage de David Whissell, alors ministre libéral. M. Whissell était également propriétaire d'une entreprise en construction, ABC Rive-Nord, et il a quitté la vie politique en 2011. La fin de sa carrière de politicien a été marquée par des allégations de conflits d'intérêts.

Toujours selon M. Zambito, cette personne proche de M. Whissell aurait tenté de lui soutirer 50 000 $ en argent comptant pour le financement du PLQ en échange de son aide pour un problème opérationnel au sein de son entreprise. M. Zambito a dit de la personne en question qu'elle travaillait pour une importante firme d'ingénierie et, dans ce qui s'est révélé être un aperçu de témoignages subséquents, il a déclaré que ces firmes tenaient des rôles-clé dans le processus de financement illégal des partis.

M. Zambito soutient s'être plaint à d'importants dirigeants du parti politique, après quoi la proposition a été retirée.

Le problème opérationnel de son entreprise a rapidement été réglé, tout de même, et ce, au cours d'une rencontre avec l'ex-organisateur libéral Pierre Bibeau, qui a téléphoné à son fils, qui occupait une fonction importante auprès du ministre Whissell.

M. Zambito se souvient avoir été ravi.

«Écoutez, moi, j'ai demandé à M. Bibeau, j'ai dit: "Écoutez, est-ce qu'il y a de quoi à faire?". Il dit: "Écoutez, c'est réglé. Éventuellement, quand j'aurai besoin de vous, je ferai appel à vous, prenez ça comme un service rendu."», rapporte M. Zambito.

La soirée de financement pour Nathalie Normandeau a été organisée plusieurs mois plus tard.

L'ex-premier ministre du Québec Jean Charest a instauré la Commission Charbonneau l'an dernier au terme de deux années de pression exercée par le public et les partis de l'opposition. Le témoignage de M. Zambito est le premier à écorcher son parti.

Ce dernier a auparavant affirmé avoir fait partie d'un cartel qui aurait truqué les appels d'offres pour faire grimper les prix des projets de construction à Montréal.

Il a déclaré que certains entrepreneurs devaient payer une commission de 2,5 pour cent à la mafia, donner une quote-part de trois pour cent au parti du maire de Montréal, Gérald Tremblay, et faire un paiement équivalent à un pour cent de la valeur d'un contrat à un ingénieur de la ville, Gilles Surprenant. M. Zambito soutient que d'autres pots-de-vin étaient versés à des fonctionnaires.

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