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L'amour dure trois ans: «Mon film est une œuvre bourgeoise», dit Beigbeder

09/10/2012 12:20 EDT | Actualisé 09/12/2012 05:12 EST
Courtoisie

Mais où est donc Frédéric Beigbeder? On l'attend pour une entrevue. Le romancier et chroniqueur littéraire est de passage à Montréal pour faire la promotion de son premier film en tant que réalisateur et qui s'intitule L'Amour dure trois ans. Ah! le voilà! «Désolé, j'ai un peu trop fêté hier», dit-il en s'excusant par conséquent d'avoir un mal de tête. Sa réputation de dandy noctambule le précède un peu, alors on lui pardonne, il faut quand même bien faire l'entrevue.

L'auteur du roman à succès 99 francs est un fêtard qui s'assume et c'est d'ailleurs en boîte de nuit qu'il trouve la plupart de ses inspirations littéraires qu'il note scrupuleusement sur son petit carnet. Et qu'a-t-il noté sur le Montréal by night? «Je n'aime pas les généralités, mais il y a une chose que j'ai constatée : les Québécoises ont de plus gros seins que les Françaises. Je crois que c'est dû à une alimentation plus riche en céréales. C'est une vérité scientifique, je peux vous l'assurer», déclare-t-il en riant.

Une chose est certaine, Frédéric Beigbeder préfère de loin les nuits montréalaises aux nuits parisiennes. «Paris en ce moment c'est sinistre. La France est un pays mourant, un pays très fatigué», dit-il.

Un film bourgeois

Un sentiment dépressif que l'on retrouve au début de L'Amour dure trois ans. Dans cette adaptation cinématographique de son roman éponyme sorti en librairie il y a maintenant quinze ans, le personnage principal Marc Marronnier est une sorte d'alter ego. «Marc sort et boit beaucoup et depuis qu'il a divorcé, il est devenu un jeune écrivain cynique qui ne croit plus en l'amour», explique-t-il.

Le héros va même jusqu'à écrire un roman à thèse dans lequel il annonce que l'amour ne dure jamais plus de...trois ans. «Sa rencontre avec Alice va chambouler toutes ses certitudes», raconte le cinéaste qui avoue du coup avoir voulu réaliser un film bourgeois.

«Je m'intéresse à des gens qui n'ont pas de problème. Lorsque quelqu'un a besoin de chercher à manger, il ne cherche pas à savoir s'il va coucher avec Caroline ou Véronique. Il ne passe pas des heures à se poser ce genre de question. Les personnes pauvres ont des problèmes plus urgents à surmonter que de parler de leurs déboires sentimentaux. Oui, mon film est une œuvre bourgeoise à part entière.»

Par conséquent, dans L'Amour dure trois ans, les filles sont forcément belles et les garçons bien habillés. «Comme premier film, j'avais envie de me faire plaisir en mettant en scène des mecs en smoking et des filles avec du rouge à lèvres. J'aime le cinéma léger, élégant et futile», résume-t-il.

D'ailleurs, Frédéric Beigbeder pense que depuis les élections présidentielles, les Français risquent de voir davantage de long-métrage comme le sien. «Nous avons un gouvernement qui n'aime pas les riches. Il est probable que par réaction on voit apparaître des œuvres qui défendent les plus aisés, ce qui nous promet un cinéma assez chic et c'est tant mieux!», assène-t-il.

Point d'amitié en amour

Grand féru de littérature classique, Beigbeder truffe évidemment sa comédie romantique de nombreuses références littéraires. Il y a le fameux sonnet 116 de Shakespeare récité dans le film, celui qui affirme que l'amour survit jusqu'à la «pointe de la fin des temps». Selon le réalisateur l'idée ici n'est pas de contredire le grand maître anglais, au contraire. «Simplement montrer qu'il avait raison et moi tort», précise-t-il.

Et puis, il y a aussi de l'Oscar Wilde, autre dandy bien connu. Par exemple, la rencontre entre Marc et Alice débute dans une amitié que les deux protagonistes tentent de perdurer le plus longtemps possible malgré l'attirance physique qui s'avère finalement plus forte que tout. «Je pense qu'il y a toujours un mystère de la séduction entre l'homme et la femme. C'est très compliqué d'être naturel. Les femmes et les hommes aiment les masques. Mon œuvre montre tout d'abord un amour artificiel qui contre toute attente va devenir vrai», raconte-t-il.

Beigbeder décortique donc l'amour et le désir. Ainsi l'acteur Joey Starr qui interprète le rôle d'un ami de Marc désabusé par les femmes trouve une solution à ses déboires conjugaux en devenant un homo épanoui, un contre-emploi pour cet ex-rappeur hardcore du groupe NTM (Nique ta mère). «La lâcheté est une de mes grandes qualités, c'est pourquoi je ne lui ai pas dit ce qu'il allait faire jusqu'au jour du tournage, se souvient le cinéaste. Il faut dire qu'en une année Joey Starr a joué un policier (Polisse) et un homo, des rôles qui se situent plutôt loin de sa personne. Cela prouve avant tout qu'il est bon comédien.»