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Venezuela: Chavez est réélu contre une opposition plus forte que jamais

08/10/2012 04:02 EDT | Actualisé 08/12/2012 05:12 EST

CARACAS, Venezuela - Et de quatre. Le président vénézuélien Hugo Chavez a été réélu pour six ans avec environ 55 pour cent des suffrages contre 45 pour cent à Henrique Capriles, selon des résultats quasiment complets communiqués lundi, mais sa victoire n'avait jamais été aussi courte.

Après dépouillement de 98 pour cent des bulletins déposés dimanche dans les urnes, Hugo Chavez a recueilli 55 pour cent des votes, contre 45 pour cent à son adversaire, alors qu'il avait gagné avec 27 points d'avance en 2006, selon le conseil électoral national (CEN).

La participation a atteint un niveau record de 81 pour cent, contre 75 pour cent en 2006, donnant à Hugo Chavez, élu en 1998 puis réélu en 2000 et 2006, toute légitimité pour poursuivre son projet socialiste.

Le chef de l'État a cependant vu sa popularité décliner dans un contexte de violences au Venezuela, qui détient le taux de meurtres le plus important du monde. L'inflation à 18 pour cent, la multiplication des coupures de courant et les accusations de corruption dans les services publics ont creusé un peu plus ce déficit de confiance de la population. L'opposition n'avait jamais réalisé un score aussi important.

À l'annonce des résultats préliminaires dans la nuit de dimanche à lundi, des feux d'artifice ont éclaté dans la capitale, Caracas, et les chavistes brandissant des drapeaux ont laissé éclater leur joie devant le palais présidentiel.

Le président réélu est apparu au balcon du palais pour s'adresser à ses partisans, tenant à la main une épée de Simon Bolivar, figure de l'indépendance du pays. «La révolution a triomphé», le pays «a voté pour le socialisme», a lancé Hugo Chavez. Et la foule de répondre: «Chavez ne partira pas!».

Hugo Chavez a une nouvelle fois les mains libres pour accroître la place de l'État dans l'économie et poursuivre sa politique socialiste, notamment en menant des programmes d'aide aux classes populaires.

Durant la campagne, l'opposition l'a accusé d'autoritarisme et de populisme. On lui a également reproché d'utiliser à mauvais escient les dividendes de la manne pétrolière du Venezuela, qui représente 95 pour cent des revenus à l'exportation du pays.

Dans les mois précédant la présidentielle, Hugo Chavez a fortement investi dans la construction de logements et de programmes sociaux.

«Je pense qu'il a mis en branle son réseau et s'est livré à une orgie de dépenses», estime Michael Shifter, président du groupe de réflexion Inter-American Dialogue (Dialogue inter-Amériques), basé à Washington. L'analyste ne nie pas pour autant les affinités et la reconnaissance qu'éprouvent les pauvres pour le président sortant.

«En dépit de sa maladie, je suis convaincu qu'il conserve un lien affectif très fort avec beaucoup de Vénézuéliens et que ces derniers n'étaient pas prêts à voter contre lui.»

Durant la campagne, Hugo Chavez a fait référence à son combat contre son cancer, une maladie qui s'est déclaré en juin 2011 et qui a nécessité une intervention chirurgicale pour retirer une tumeur localisé au niveau du bassin, mais aussi un traitement de chimiothérapie, suivi à Cuba.

De son côté, Henrique Capriles a réagi à l'annonce des résultats en expliquant à ses partisans qu'il n'y avait pas de raison de se sentir vaincus: «Nous avons planté plusieurs graines à travers le Venezuela. Je sais qu'elles vont germer et un jour produire de nombreux arbres», a-t-il lancé.

L'ancien gouverneur de 40 ans est parvenu, depuis son élection aux primaires de son parti en février 2011, à unifier et renforcer l'opposition. Même s'il a fait campagne sur la lutte contre le crime organisé et la corruption endémique, Henrique Capriles n'est pas parvenu à renverser le charismatique Chavez, qui bénéficie toujours du soutien des classes populaires.

David Valencia, un jeune militant de 20 ans, s'est dit déçu mais reste optimiste: «Dans nos coeurs, nous gardons l'espoir d'un pays meilleur», assure-t-il.

Carlos Julio Silva, un agent de sécurité employé par une société privée, a soutenu Hugo Chavez. Pour lui, quels que soient ses points faibles, le président méritait d'être réélu, ne serait-ce que pour avoir utilisé l'argent du pétrole pour financer des programmes publics destinés aux plus démunis, notamment en matière de couverture de santé et de logement social.

«Certes, il y a de la corruption; certes, il y a un problème dans les sphères dirigeantes, mais les gens n'ont jamais eu un président qui prenne réellement soin du pays comme lui», estime M. Silva, interrogé à la sortie de son bureau de vote, dans une école du bidonville de Petare, à Caracas.

Gino Caso, lui, est mécanicien. Il voit en Hugo Chavez un homme avide de pouvoir et ignorant des vrais problèmes du pays, comme le crime organisé. Son fils s'est fait voler dans un magasin des alentours. «Je ne sais pas sur quelle planète, il vit», lance M. Caso en gesticulant les mains pleine de graisse. «Il se prend pour Fidel Castro, à s'occuper de tout, prendre le contrôle du pays.»

Les pays étrangers ont suivi avec attention l'élection vénézuélienne, car une victoire d'Henrique Capriles aurait provoqué un changement radical en matière de politique étrangère et un probable relâchement du contrôle de l'État sur l'économie, ainsi qu'une augmentation des investissements privés.

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