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Syrie: nouvelle riposte turque à un obus, l'ONU redoute l'escalade

08/10/2012 11:04 EDT | Actualisé 08/12/2012 05:12 EST

La Turquie a une nouvelle fois riposté lundi à la chute d'un obus syrien, en tirant sur des positions de l'armée fidèle au président syrien Bachar al-Assad, tandis que l'ONU a dit redouter une escalade entre les deux pays.

Par ailleurs, Damas a vivement dénoncé Ankara pour avoir proposé une période de transition dirigée par l'actuel vice-président syrien Farouk al-Chareh, qui remplacerait M. Assad.

Sur le terrain, les troupes syriennes ont à nouveau bombardé Alep (nord), deuxième ville de Syrie et enjeu d'une bataille cruciale depuis la mi-juillet, ainsi que la ville de Karak al-Charqi, dans la province de Deraa (sud), assiégée depuis trois jours par les forces du régime, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a mis en garde contre l'escalade "extrêmement dangereuse" du conflit à la frontière entre la Syrie et la Turquie.

"L'escalade du conflit à la frontière Syrie-Turquie et l'impact de la crise sur le Liban sont extrêmement dangereux", a-t-il averti à Strasbourg.

M. Ban a aussi appelé les donateurs à "plus de générosité" pour l'aide à la Syrie, plongée dans une guerre civile sans issue depuis plus de 18 mois.

"A l'approche de l'hiver, nous avons besoin que les donateurs répondent de manière plus généreuse aux besoins des populations en Syrie et de plus de 300.000 réfugiés dans les pays voisins", a ajouté le chef de l'ONU.

Dans une offensive lancée par l'armée loyaliste dans la région de Deraa (sud), vingt personnes ont été tuées à Karak al-Charqi, assiégée depuis trois jours, a indiqué l'OSDH, basée en Grande-Bretagne.

Au moins cinq rebelles figurent parmi les victimes de Karak.

A Damas, les forces loyales procédaient à une "campagne de destruction de maisons" dans les quartiers de Qaboun et Barzé, accompagnées d'un mouvement d'exode de la population, selon l'OSDH qui se base sur un large réseau de militants et de médecins sur le terrain.

Près de la capitale, des bombardements ont visé lundi Douma, selon l'OSDH faisant état de la découverte des corps de cinq membres d'une même famille dans la ville de Qoudsaya, au nord ouest de la capitale.

"La situation en Syrie a empiré de manière dramatique. Elle pose des risques sérieux à la stabilité des voisins de la Syrie et à l'ensemble de la région", a encore souligné M. Ban.

La Turquie a riposté lundi à un obus syrien tombé vers 15h00 heure locale (12h00 GMT) dans le district d'Altinozu, dans la province de Hatay (sud-est de la Turquie), a déclaré un responsable turc sous le couvert de l'anonymat.

Depuis le bombardement mercredi dernier du village frontalier turc d'Akçakale, qui a causé la mort de cinq civils turcs, Ankara répond coup pour coup aux tirs syriens, dont l'armée régulière syrienne est tenu pour responsable.

A Alep, les affrontements se poursuivaient entre armée et rebelles dans plusieurs quartiers, accompagnés de bombardements de l'armée.

Abdallah, qui a mis sa femme et ses cinq enfants à l'abri dans un quartier plus sûr, revient tous les trois jours pour voir l'état de sa maison. "J'avoue que j'ai peur. Je m'y suis rendu ce matin mais la situation était très mauvaise. L'électricité est revenue après huit heures de coupure. Les pharmacies sont fermées et les gens manquent de tout".

Dans cette grande métropole du nord, enjeu d'une bataille cruciale depuis la mi-juillet, 13 personnes, dont six civils ont été tuées lundi.

Dans la province de Homs (centre), le bastion rebelle de Khaldiyeh a été bombardé par des avions, des chars, et des obus de mortier, selon l'OSDH.

Lundi le bilan s'élevait à au moins 65 morts à travers le pays, selon un bilan provisoire.

A Damas, le ministre de l'Information Omrane al-Zohbi, a dénoncé une proposition turque sur la transition en Syrie.

"Ce que (le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet) Davutoglu a dit reflète un embarras et une gêne politique et diplomatique flagrants", a-t-il estimé.

"Nous ne sommes plus à l'époque de l'empire ottoman. Je conseille au gouvernement turc de renoncer au (pouvoir) en faveur de personnalités acceptables par le peuple turc", a poursuivi le ministre syrien.

Sur le plan diplomatique, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki s'est envolé lundi pour Moscou pour des entretiens centrés entre autres sur le conflit en Syrie.

Moscou, un allié du régime syrien, et Bagdad plaident régulièrement pour une solution politique au conflit et se refusent à appeler au départ du président Assad.

La Russie a mis son veto au Conseil de sécurité de l'ONU à trois résolutions occidentales visant à sanctionner Damas. Le conflit a été déclenché en mars 2011 par la répression sanglante d'une contestation populaire pacifique et a fait plus de 31.000 morts, selon l'OSDH.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a par ailleurs annoncé qu'il se réunirait la semaine prochaine à Doha pour tenter de s'élargir à d'autres groupes hostiles au régime de Damas.

Le CNS a été critiqué à plusieurs reprises sur son incapacité d'unifier l'opposition syrienne.

bur-rm/hj

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