NOUVELLES

L'insubmersible Hugo Chavez réélu pour six ans à la tête du Venezuela (PHOTOS)

08/10/2012 09:48 EDT | Actualisé 08/12/2012 05:12 EST
AFP

CARACAS, 08 oct 2012 (AFP) - Le président du Venezuela Hugo Chavez, autre bête noire des Etats-Unis en Amérique latine avec le régime cubain, a été réélu dimanche pour un troisième mandat de six ans devant lui permettre de poursuivre sa "révolution socialiste", malgré une montée sans précédent de l'opposition.

Son rival Henrique Capriles Radonski, qui a reconnu sa défaite, a cependant obtenu le meilleur score jamais enregistré par les opposants à l'homme fort du Venezuela depuis son avènement en 1999 à la tête de ce pays très riche en hydrocarbures.

Selon des résultats portant sur 94% des bulletins de vote, M. Chavez a obtenu 54,66% des voix, contre 44,73% à Henrique Capriles, appuyé par l'opposition unifiée, ont annoncé lundi les autorités électorales après un scrutin sans heurts marqué par une participation historique de 80,94%.

La réélection de M. Chavez a été saluée par des tirs de feux d'artifice et des manifestations de joie dans Caracas.

Vers 23H30 locales (04H00 GMT), il est apparu vêtu d'une chemise rouge au balcon du palais présidentiel de Miraflores pour s'adresser à des milliers de partisans, entouré de ses proches et de ministres.

Acclamé par la foule, qui scandait "Ouh ! Ah ! Chavez ne s'en va pas !", il a appelé d'une voix cassée l'opposition à "l'unité nationale", lui "tendant les deux mains, parce que nous sommes tous les fils de la patrie de Bolivar". Promettant d'être un "meilleur président", il a garanti qu'il "poursuivra sa transition vers le socialisme démocratique du 21e siècle".

Euphorique, il a brandi devant ses milliers de partisans l'épée de Simon Bolivar, un des libérateurs historiques de l'Amérique latine, la désignant comme "l'épée libératrice de l'Amérique, l'épée des peuples".

"Aujourd'hui a été un jour mémorable, je vous remercie et je demande à Dieu de me prêter vie et santé pour continuer de servir le peuple vénézuélien", a lancé M. Chavez, soigné pour un cancer en 2011 et 2012.

Récoltant plus de 7,7 millions de voix dimanche, contre 6,3 millions à M. Capriles, le président a rassemblé plus de suffrages que lors de sa précédente réélection, en 2006, lorsqu'il avait pourtant battu l'opposant Manuel Rosales de plus de 25 points, avec 62% des voix.

Politique socialiste

Selon les observateurs, tout indique que M. Chavez poursuivra sa politique socialiste.

"Chavez va tenter de consolider sa révolution, il va tenter de faire passer son triomphe comme le triomphe indiscutable de l'idée que sa révolution peut être approfondie dans le temps", a expliqué à l'AFP Luis Vicente Leon, de l'institut Datanalisis.

Toutefois, selon l'analyste, le score élevé de son opposant "établit une nouvelle relation opposition-gouvernement" avec laquelle il devra compter.

Dans une allocution depuis son siège de campagne, M. Capriles, 40 ans, devant une foule de sympathisants parfois amers, a respecté son engagement de ne pas contester les résultats et félicité le président réélu, jugeant "la parole du peuple, sacrée".

"Pour gagner, il faut savoir perdre", a aussi déclaré l'ex-gouverneur de l'Etat de Miranda, le deuxième plus peuplé du pays, qui est parvenu à fédérer sur son nom la majorité des courants de l'opposition, de droite comme de gauche, ce qui lui a valu un score jamais atteint jusque là par un opposant.

Ses partisans s'avouaient déçus, mais pleins d'espoirs pour l'avenir avec l'émergence de M. Capriles comme opposant numéro un: "Je suis déçue, mais pas vaincue", déclarait ainsi Rosana Gonzalez, 25 ans.

Soutien populaire

L'ancien lieutenant-colonel, âgé de 58 ans, a encore reçu l'appui des classes populaires, majoritaires parmi les 28,9 millions de Vénézuéliens, grâce aux nombreux programmes sociaux mis en place par son gouvernement.

"Chavez a fait beaucoup de choses pour les pauvres, il m'a donné une maison dans le meilleur quartier de Caracas", a par exemple expliqué à l'AFP Jose Ramiro, un fonctionnaire de 32 ans.

Financés par la rente pétrolière --le pays dispose des plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde--, ces programmes ont permis d'améliorer la vie de nombreux Vénézuéliens dans les domaines de la santé, du logement ou de l'éducation.

Le pays reste toutefois en proie à une forte criminalité, une inflation galopante (26,7% en 2011 selon la Banque centrale) et une corruption endémique (le Venezuela est 172e sur 182 dans le classement 2011 des pays les plus corrompus établi par Transparency International).

Souvent accusé d'autoritarisme, Hugo Chavez se présente au contraire comme un champion des élections, ayant organisé 15 scrutins en moins de 14 ans de pouvoir.

Elu président en 1998, il a été réélu en 2000, après une réforme constitutionnelle. En 2002, cet ancien putschiste est victime d'une tentative de coup d'Etat fomentée par les milieux d'affaires avant de remporter en 2004 un référendum révocatoire convoqué par l'opposition.

Insubmersible, il remportait à nouveau très largement la présidentielle de 2006, avant d'essuyer son seul échec électoral, en 2007, quand les Vénézuéliens ont repoussé une nouvelle réforme constitutionnelle. En 2009, il a toutefois fait adopter par référendum un amendement permettant la réélection indéfinie du président.

Ce scrutin a été observé de près à l'étranger, où le personnage et sa politique sont souvent controversés, notamment aux Etats-Unis, premier partenaire commercial du pays et premier client de ses exportations de pétrole.

Trois dirigeants de la gauche latino-américaine --la présidente argentine Cristina Kirchner et les présidents équatorien Rafael Correa et bolivien Evo Morales-- ont rapidement salué dimanche soir sa réélection.

Les Etats-Unis n'ont pas encore réagi officiellement à la victoire d'un homme qui, outre sa proximité avec Cuba ou avec les sandinistes au pouvoir au Nicaragua, a voulu au nom du "bolivarisme" inspirer et appuyer les gouvernements latino-américains comme ceux de Bolivie et d'Equateur quand ils ont pris leurs distances avec les intérêts et la diplomatie américaine.

En revanche, l'influente présidente du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants américaine Ileana Ros-Lehtinen, a accusé dimanche Hugo Chavez de vouloir conserver à tout prix le pouvoir à l'aide de manipulations et de harcèlements.

INOLTRE SU HUFFPOST

Venezuela: Aux urnes!