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La Base 46 résiste toujours aux rebelles syriens

08/10/2012 04:27 EDT | Actualisé 07/12/2012 05:12 EST

L'affaire devait être réglée en quelques jours. Après plus de deux semaines de siège, les rebelles syriens ne sont pas encore parvenus à s'emparer de la Base 46, une garnison stratégique de l'armée gouvernementale à l'ouest d'Alep.

A l'image de l'interminable bataille d'Alep, la grande métropole du Nord entre rebelles et forces loyales au président Bachar al-Assad, le siège de la Base 46 lui aussi s'éternise.

Les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) affirmaient avoir mobilisé pour cet assaut crucial au moins 1.500 combattants sous les ordres du "général" Ahmad Al Fajj, venus de toute cette région à la limite entre les provinces d'Idleb et d'Alep.

Mais en quinze jours, les positions des belligérants n'ont guère bougé. Les soldats tiennent toujours l'immense caserne sur les hauteurs de la ville d'Atareb.

Ils sont également retranchés dans le bâtiment d'une ancienne école d'agriculture, jouxtant la garnison, et d'où leurs snipers interdisent toute approche.

Depuis la base, l'armée arrose à intervalles réguliers de ses obus d'artillerie lourde les villages environnants: Al-Sahara, Ibizmu et surtout Ourm Al Kubra, "infesté de chabbihas" (miliciens du régime) jusqu'à ce que les rebelles s'en emparent le 22 septembre. Les portraits de Hafez al-Assad, père de Bachar, y ont été recouverts du drapeau peint de la nouvelle Syrie.

Un chasseur bombardier MiG, minuscule point noir presque invisible dont le rugissement déchire le ciel, vient parfois lâcher ses bombes sur les positions rebelles autour de la base.

Un no man's land de près de 2 km sépare les belligérants, où les bâtiments grêlés d'éclats ou déchiquetés par les shrapnels témoignent des récents combats. Mais pas d'échanges de tirs ces derniers jours.

A Atareb, à cinq km à l'ouest de la Base 46, les raids aériens ont quasiment cessé.

"Pas une bombe depuis près d'une semaine", s'étonne un cinquantenaire bedonnant, assis en famille sur le parvis de sa maison. "Les MiG nous survolent de temps en temps, mais ils ne bombardent plus Atareb. Ils gardent leurs bombes pour les rebelles plus proches de la base".

Dans le centre-ville, la vie reprend presque son cours normal. Les voitures sont plus nombreuses. Des gamins chahutent dans les rues crasseuses, des familles déambulent sur un marché installé dans une étroite ruelle.

La prise de la Base 46 marquerait une victoire majeure pour la rébellion, avec la "libération" quasi-complète d'un large territoire dans le nord-ouest, depuis la frontière turque jusqu'aux portes d'Alep.

Elle serait un symbole fort: les victimes des canons de la garnison se comptent par centaines dans un rayon d'une trentaine de km, et l'endroit cristallise toutes les haines des populations.

La capture du village voisin d'Ourm Al Kubra, sur l'autoroute menant à Alep, a d'ores et déjà permis de couper le principal axe de ravitaillement de l'armée depuis Idleb.

Les gouvernementaux "sont encerclés, la base n'est plus ravitaillée que par des hélicoptères qui larguent leur cargaison depuis très haut", raconte Abou Ali, combattant à collier de barbe et crâne rasé. "D'ailleurs, ça tombe souvent chez nous", rigole-t-il. "Ils crèvent de faim".

Alors comment expliquer le statu quo? La menace des MiGs, bien sûr. "Le manque de munitions chez nos hommes", justifie un commandant rebelle.

Il y a aussi les dissensions entre bataillons rebelles, selon des sources concordantes, certains leaders contestant la mainmise sur l'opération du "général" Al Fajj, officier à la retraite de l'armée d'Assad.

Officiellement, et sans doute pour ne pas froisser certains de ses soutiens, Al Fajj a interdit aux islamistes de prendre part au siège de la Base 46.

Mais sur le terrain, ces groupes et leurs volontaires étrangers sont bien là, même si, comme à Alep, ils gardent un profil bas, selon le commandant précité. "Une vingtaine de soldats de la base ont fait défection avec leurs armes vendredi" et ont été débriefés avant d'être libérés.

"Selon leurs témoignages, les 300 à 350 hommes de la base sont affamés et en triste état. Beaucoup souhaiteraient se rendre, mais des officiers alaouites menacent de les tuer s'ils font le moindre geste en ce sens", ajoute-t-il.

Et de promettre une nouvelle fois: "la chute de la Base 46 est imminente..."

hba/tp

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