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Le Premier ministre libyen sous pression pour proposer un cabinet acceptable

07/10/2012 06:13 EDT | Actualisé 07/12/2012 05:12 EST

Le Premier ministre libyen Moustapha Abou Chagour, soumis à de fortes pressions, s'apprêtait dimanche à présenter un nouveau gouvernement à l'Assemblée nationale, 72 heures après le rejet en bloc de sa première proposition durement critiquée par les députés.

L'Assemblée devrait voter la nouvelle composition du gouvernement dans l'après-midi, mais "on s'attend à ce qu'il y ait de longues discussions", a déclaré à l'AFP une source proche du Premier ministre élu.

Jeudi, le Congrès général national (CGN), la plus haute institution politique du pays, avait rejeté une première proposition de M. Abou Chagour, sans prendre la peine de voter les ministres un par un, comme c'est prévu par son règlement intérieur.

Plusieurs membres du CGN ont même appelé à retirer la confiance au Premier ministre sans lui donner une deuxième chance comme le stipule la déclaration constitutionnelle qui régit la période transitoire depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011.

Si la nouvelle proposition de cabinet est rejetée dimanche, M. Abou Chagour sera démis d'office de ses fonctions et le CGN devra élire un nouveau Premier ministre au terme d'une procédure qui durera entre trois et quatre semaines.

Le Premier ministre est confronté à la difficile tâche de former un gouvernement représentatif des régions et des diverses tendances, dans un pays qui fait face à de grands défis de sécurité et dont le nouveau pouvoir n'arrive pas à asseoir son autorité devant la multiplication des milices armées.

Jeudi soir, plus de cent manifestants ont pénétré au siège du CGN, en plein débat sur le gouvernement, pour dénoncer l'absence d'un représentant de leur ville -Zawiyah (ouest)- dans la première liste de l'équipe gouvernementale et pour réclamer le départ de M. Abou Chagour, un technocrate de 61 ans.

Les habitants de l'Est et du Sud se plaignent d'avoir suffisamment été marginalisés durant les 42 ans de règne du colonel Kadhafi, alors que des groupes rebelles se sont soulevés dans l'ensemble des régions durant les huit mois de révolution.

"Le gouvernement ne représentait pas tous les secteurs de la société libyenne ni toutes les régions. Il a été constitué à la hâte de façon arbitraire et sur la base d'amitiés", avait dit jeudi Abdelali al-Dersi, élu de la ville d'Al-Bayda (est).

La première liste de 29 ministres, dont une seule femme, comprenait plusieurs membres du gouvernement de transition sortant d'Abdelrahim al-Kib et plusieurs inconnus et ne comptait aucun représentant de la principale coalition libérale.

Selon l'analyste libyen Miftah Bouzeïd, "le ministère de l'Intérieur, le portefeuille le plus important à un moment où la population réclame surtout la sécurité, a été attribué à un parfait inconnu".

Elu Premier ministre par le CGN le 12 septembre avec deux voix d'avance sur le chef de l'alliance des libéraux Mahmoud Jibril, M. Abou Chagour avait promis un gouvernement de consensus et dit avoir négocié avec toutes les parties et fait appel à des personnes "hautement qualifiées".

Un gouvernement d'union nécessiterait le soutien de l'Alliance des forces nationales (premier bloc parlementaire) de M. Jibril, qui a refusé de participer au gouvernement après l'échec des négociations, ainsi que celui du Parti de la justice et de la construction issu des Frères musulmans.

Selon M. Bouzeïd, la première liste comportait au moins 13 figures qui avaient servi dans les instances mises en place par la rébellion pendant l'insurrection de 2011, ou étaient influentes sous le gouvernement impopulaire sortant de M. Kib.

M. Abou Chagour "était adjoint de Kib, il n'apporte rien de nouveau", a-t-il ajouté.

Selon le plan de transition, le nouveau gouvernement aura un mandat d'un an jusqu'à la tenue de nouvelles élections sur la base d'une nouvelle Constitution dont la rédaction se fait attendre.

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