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La 11e Nuit blanche au fil de l'eau et sous le crachin parisien

07/10/2012 04:21 EDT | Actualisé 06/12/2012 05:12 EST

PARIS - Fil conducteur de Nuit blanche, la Seine et ses berges ont été au centre de toutes les regards et de toutes les attentions dans la nuit de samedi à dimanche, alors que des milliers de promeneurs et spectateurs déambulaient en dépit d'une météo incertaine le long du parcours onirique imaginé par le directeur artistique Laurent Le Bon.

Pour cette 11e Nuit Blanche, une manifestation créée en 2001 par l'ancien adjoint à la Culture Christophe Girard et dont le succès a depuis essaimé sur les cinq continents, le maire de Paris a selon la tradition donné l'exemple. "Paris va connaître une fois encore un grand moment d'amour et de partage", a déclaré Bertrand Delanoë aux journalistes samedi soir au pied de la Bibliothèque François-Mitterrand, serré sous le même parapluie que sa première adjointe Anne Hidalgo.

Le premier des Parisiens a visité quelques installations et rendu un hommage vibrant aux 170 agents de la Ville, lesquels, postés tous les dix mètres suivaient à la lettre et sous le crachin la chorégraphie robotique imaginée par Julie Desprairies. Un "flash mob" sensé reproduire en de larges gestes les figures des édifices phare de la capitale.

Posté sur le quai de la Tournelle, appareil photo et mini-caméscope numérique en bandoulière, Hayato Fukuhara, 58 ans, ne sait plus où donner de l'objectif. Ce touriste japonais accompagné de sa femme a découvert Nuit blanche à Kyoto le 5 octobre et s'est promis de profiter de son séjour à Paris pour établir la comparaison.

"Ici ça n'a rien à voir", a-t-il dit à Sipa. "C'est comme dans une autre dimension parce qu'autour, tout est beau", juge-t-il. Et de mitrailler les panaches pyrotechniques de l'embarcation du collectif Groupe F qui illumine de ses étranges feux rougeoyants les façades séculaires des immeubles de l'Ile de la Cité. Son épouse raconte comment elle s'est extasiée en début de soirée devant les volutes mouvantes et lumineuses dont l'artiste brésilien Julio Le Parc a paré l'obélisque de la place de la Concorde.

Le couple prévoyait ensuite d'aller admirer "une spécialité japonaise". A savoir, les animations numériques où pullulent les petits personnages aussi drôles qu'ils sont sadiques de "Sleeping Beast", la création vidéo de Motomichi Nakamura, projetée à la Maison de la Culture du Japon.

Au-delà de la découverte purement artistique, Nuit blanche est aussi l'occasion pour d'autres promeneurs de s'ouvrir à de nouveaux champs d'expérience ou de réflexion. Les psychanalyses-éclairs proposées à l'entrée du théâtre du Rond-Point ont fait recette. Cette performance théâtrale d'avant-garde a permis à Laura, Parisienne de 47 ans dont quinze en analyse, de "dédramatiser la relation qu'(elle) entretient avec sa propre thérapie" et "même aussi d'en rire", car "là, au moins c'est gratuit!".

Projeté depuis le toit de la Samaritaine sur le ciel parisien, l'oxymore de Laurent Grasso "Du soleil dans la nuit" a fait faire à certains leurs premiers pas en philosophie. Plus sombre, l'installation vidéo de l'artiste iranienne Shirin Neshat chez Christie's, qui dresse la portrait d'une femme musulmane brisée par un viol et perdant ainsi toute possibilité d'accès au mariage et ce, à en perdre la raison, a ému Edna et Rob Brentwood, un couple de quinquagénaires new-yorkais par ailleurs ravi de découvrir la version parisienne de l'auguste maison de ventes.

Etudiantes en art dramatique, Chloé et Gersende, 18 ans, ont piétiné près d'une heure pour assister aux tables rondes autour de l'oeuvre de Woody Allen proposées par Alexandre Singh et Liesbeth Levy dans la cadre de la Nuit des savoirs au Muséum d'Histoire Naturelle. Elles garderont un souvenir mitigé de cette rencontre avec leur cinéaste favori après s'être rendu compte sur place que la plupart des débats menés par les pointures du réalisateur américain se menaient en anglais. Et d'en conclure: "Ça craint un peu, parce que nous, l'anglais, on a zappé!".

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