NOUVELLES

Du grand-père aux petit-fils, 30 rebelles d'une même famille à Alep

07/10/2012 04:16 EDT | Actualisé 06/12/2012 05:12 EST

De Mohammad Taïeb Ismaïl, vénérable grand-père de 70 ans à la barbe blanche à son petit-fils Adnane au visage adolescent, trente hommes d'une même famille constituent la compagnie rebelle "Al-Saïka" (la Foudre) sur le front, dans le sud de la ville syrienne d'Alep.

Keffieh blanc, treillis, kalachnikov et poignard, entouré de ses fils et petit-fils qui l'écoutent respectueusement, le vieil homme affirme "vouloir se battre jusqu'à la chute d'Assad".

Commerçant dans la ville d'Al-Bab, à une trentaine de km au nord-est d'Alep, il a rejoint la rébellion quand "Assad a commencé à bombarder des habitations où vivaient des civils". Il a alors réuni ses fils, qui étaient dans deux brigades différentes, dans une seule.

La compagnie Al-Saïka est installée depuis un mois dans une maison située à une centaine de mètres de la ligne de front dans le quartier de Seif al-Dawla, dans le sud-ouest d'Alep, deuxième ville et métropole du nord de la Syrie.

La famille combattante s'est organisée en deux équipes, qui se relèvent. Quand l'une rentre du front, l'autre la remplace.

En milieu de journée, les combattants prennent leur repas en commun, puis prient, à l'unisson, sous la houlette du patriarche. Des matelas sont entassés dans un coin du salon, les équipes se relèvent pour dormir car les combats ont aussi lieu la nuit.

Mohamed Taïeb affirme n'avoir pas peur de mourir, et dit ne pas craindre pour la vie de ses fils et petits-fils.

"Nous avons eu trois blessés légers, un autre est dans un état grave".

A la question de savoir si sa femme était d'accord pour qu'il aille au front à 70 ans, il sourit, un peu ennuyé, puis affirme qu'elle l'a "encouragé à partir combattre contre Assad".

Le plus jeune, Adnane, n'a pas l'air très rassuré et ne le quitte pas des yeux.

Cela fait une semaine qu'il a rejoint la brigade familiale, après une semaine de formation au maniement de l'AK 47. "Auparavant, j'étais charpentier avec mon père à Al-Bab", dit-il, coiffé d'une écharpe noire.

Il a rejoint la rébellion après avoir été arrêté au cours de manifestations contre le régime.

Il affirme que son père et sa mère l'ont encouragé à partir à la guerre "Demain, ce sera mon premier jour au front", dit-il.

Les rôles sont répartis dans la famille: pendant que deux d'entre eux préparent les galettes de blé, d'autres nettoient leurs fusils, assis sur un tapis, dans une chambre.

Un autre passe avec la dernière bombe artisanale qu'il vient de fabriquer, il montre l'engin de la taille d'une petite bouteille, surmontée d'une longue mèche. Même quand ils n'ont pas reçu de balles de la brigade Al-Tawhid, proche des Frères musulmans et la plus importante d'Alep, dont ils dépendent comme beaucoup d'autres petits groupes, ils partent au front avec ces bombes.

Dans le salon, deux longs tubes en plastique munis de miroirs, qui permettent de repérer les snipers au coin des rues sans se faire tirer dessus.

"C'est très bien d'être de la même famille, explique l'un d'eux, Ahmad. Je me sens rassuré, quand j'avance, je sais que quelqu'un me couvre toujours".

Après le déjeuner, alors qu'une équipe part au front, le patriarche s'allonge sur un matelas pour se reposer un moment.

jpc/feb/sk

PLUS:afp