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L'hôtellerie de luxe se développe en Afrique, 40 000 chambres prévues

05/10/2012 10:58 EDT | Actualisé 05/12/2012 05:12 EST

NAIROBI, Kenya - Depuis la piscine installée sur le toit du tout nouvel hôtel Sankara Nairobi, les nageurs peuvent regarder huit étages plus bas, à travers le sol vitré, avant de se remettre de leurs émotions au bar à champagne, ou de consulter la carte des vins sur iPad.

Les hôtels de luxe investissent l'Afrique, et en particulier la capitale kényane. Les promoteurs hôteliers prévoient l'ouverture de près de 40 000 chambres à travers le continent dans les années à venir.

Le tourisme génère environ 164 milliards $ US par an en Afrique, soit 9 pour cent du produit intérieur brut (PIB) du continent, selon David Scowsill, président et chef de la direction du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC). Le secteur représente près de 19 millions d'emplois en Afrique, soit 7,1 pour cent du total et ces chiffres sont voués à progresser.

La classe moyenne africaine, qui réunit aujourd'hui 300 millions de personnes, devrait atteindre le milliard d'ici 2050. Autant de personnes appelées à voyager sur leur continent.

«L'Afrique est la seule région du monde où le taux de natalité dépasse le taux de renouvellement» de la population, a déclaré Ian Goldin, professeur à Oxford, lors d'un forum international sur l'hôtellerie organisé la semaine dernière à Nairobi, ajoutant: «Sa population croît plus rapidement que sur tous les autres continents et elle a la force de travail la plus jeune. Il est à noter que les inégalités se réduisent sur le continent alors même qu'elles croissent dans le reste du monde».

Selon Alex Kyriakidis, président et chef de la direction du groupe Marriott pour la zone Moyen-Orient/Afrique, le plus important est le tourisme intérieur. Le sud de l'Afrique sera la zone du monde la plus dynamique pour cette chaîne dans les prochaines années.

Sur ses 420 000 chambres dans le monde, seules 4000, soit 1 pour cent, se trouvent actuellement sur le continent africain, comptabilise Trevor Ward, directeur général du cabinet de conseil spécialisé W Hospitality Group. Selon lui, Hilton prévoit l'ouverture de neuf hôtels et 3380 chambres; Mövenpick, 12 hôtels et 2182 chambres; Radisson Blue, 14 hôtels et 3429 chambres; et Ibis, 19 hôtels et 2632 chambres. De son côté, Accor crée 5000 chambres en Afrique. Pour beaucoup, ces projets sont situés en Afrique du Nord.

Les professionnels de l'hôtellerie doivent néanmoins garder à l'esprit les difficultés du lieu: l'acquisition des terrains est lente, comme l'approbation des gouvernements et la construction.

Christian Karaoglanian, directeur du développement au sein du groupe hôtelier français Accor, donne l'exemple d'un projet en construction depuis cinq ans en Éthiopie. Un autre, au Nigeria, a subi trois ans de retard. «Il y a un manque d'expertise professionnelle. Ils n'ont pas nécessairement les experts», ajoute M. Karaoglanian.

Au Nigeria, 43 hôtels sont en train d'être créés, même si des retards s'accumulent. La pénurie de chambres à Lagos a pour conséquence des tarifs très élevés. Dave McCarthy, qui voyageait avec sa femme et sa fille, est descendu au Federal Palace Hotel. «Le tarif de référence semble être d'environ 420 $ US la nuit», note-t-il, ajoutant: «Pour une destination touristique, 400 $ US la nuit, c'est beaucoup. (...) Les gens ne vont pas choisir de venir ici».

Autre difficulté à laquelle l'hôtellerie est confrontée: la sécurité. Les hôtels pouvant devenir la cible d'attaque, le Sankara Nairobi a été équipé de blocs de protection et de murs sécurisés.

«La sécurité est essentielle», acquiesce Alex Kyriakidis. Après le soulèvement du Printemps arabe en 2011, «le taux d'occupation en Égypte s'est effondré. C'est le test que le Kenya devra réussir.»

Plus de 1000 personnes sont mortes dans des violences lors de la dernière élection présidentielle kényane. Mais Danson Mwazo, le ministre kényan du Tourisme, a assuré à l'agence Associated Press qu'il y avait «absolument zéro risque» de violence lors de la prochaine élection, en mars.

Nick van Marken, spécialiste du secteur au sein du cabinet Deloitte, se montre confiant. «Je pense que la bonne nouvelle est que la tendance est à l'optimisme», déclare-t-il, ajoutant: «Certains investisseurs pourraient être épuisés par les difficultés, mais la plupart sont positifs.»

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