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L'armée, potentiel arbitre de la présidentielle de dimanche au Venezuela

05/10/2012 05:42 EDT | Actualisé 05/12/2012 05:12 EST

CARACAS, Venezuela - L'armée vénézuélienne pourrait jouer un rôle déterminant dans l'élection présidentielle de dimanche, particulièrement si le président Hugo Chavez est déclaré perdant face à son rival, Henrique Capriles.

Hugo Chavez a passé près de 14 ans à consolider son contrôle sur les institutions de l'État, mais seuls les militaires ont l'influence nécessaire pour déterminer qui l'emportera dimanche si les résultats sont serrés et contestés.

L'opposition affirme que le président Chavez a déjà commencé à se servir de l'armée à des fins politiques, en violation de la Constitution vénézuélienne. Henrique Capriles a publié cette semaine sur Twitter une photo montrant des soldats qui s'apprêtent à troquer leur tenue vert olive pour les t-shirts rouges portés par les «chavistas», les partisans du président qui participent à ses rassemblements électoraux.

«Dans mon gouvernement, personne ne sera obligé de porter le t-shirt d'un parti politique, et encore moins nos soldats», a écrit M. Capriles, en soulignant le rôle crucial que joueront les militaires après l'annonce des résultats de la présidentielle.

Le ministère de l'Information n'a pas répondu aux demandes de commentaires au sujet des allégations de l'opposition, qui s'inquiète depuis longtemps de voir Hugo Chavez placer ses fidèles à des postes stratégiques du commandement militaire.

«Les forces armées seront l'arbitre-clé du processus électoral», a expliqué Diego Moya-Ocampos, un expert de la politique vénézuélienne chez IHS Global Insight. Il a souligné que ce serait particulièrement vrai si Henrique Capriles gagne par une faible marge et qu'Hugo Chavez résiste.

L'histoire d'Hugo Chavez montre à quel point l'armée vénézuélienne peut être cruciale — et divisée.

En 1992, alors qu'il était lieutenant-colonel, il avait mené un coup d'État raté qui a fait de lui une célébrité. En 2002, après son élection à la présidence, des officiers ont participé à un complot qui l'a délogé du pouvoir pendant deux jours. Dans les deux cas, le coup d'État a échoué parce que la plupart des militaires avaient refusé de participer.

Des responsables militaires à la retraite soulignent qu'il y a de profondes divisions au sein de l'armée vénézuélienne. Mais ils estiment que les quelque 8500 officiers qui forment le coeur de l'armée, estimée à 125 000 membres, vont probablement accepter le choix des électeurs.

Le chef d'état-major des armées vénézuéliennes, le général Wilmer Barrientos, a déclaré le mois dernier à la télévision nationale que l'armée allait «tenir compte de la Constitution et respecter le volonté du peuple» lors du scrutin de dimanche.

Mais certains «chavistas» au sein du commandement militaire n'ont pas été tout à fait neutres durant la campagne électorale.

Le ministre de la Défense, le général Henry Rangel Silva, a été présent toute la semaine sur la télévision nationale. Les téléspectateurs l'ont notamment vu en train de visiter un hôpital militaire rénové et de vanter un programme d'ateliers de réparation de voitures que le gouvernement veut créer sous contrôle militaire partiel.

À la fin de 2010, le général Rangel avait soulevé l'indignation de nombreux Vénézuéliens en affirmant que ni l'armée ni le public n'accepteraient une victoire de l'opposition à la présidentielle. Hugo Chavez avait ensuite pris sa défense.

Le général a de nouveau fait les manchettes cette semaine en affirmant qu'Henrique Capriles voulait démanteler les forces armées.

M. Capriles, un ancien gouverneur, venait tout juste de choisir un général en service, qu'il n'a pas identifié, pour être son ministre de la Défense, une annonce qui laisse penser que l'armée n'est pas totalement acquise à Hugo Chavez.

Un général récemment retraité, qui soutient l'opposition, a déclaré à l'Associated Press qu'une dizaine de hauts responsables de l'armée, dont des généraux, avaient été tassés en faveur d'officiers loyaux envers Chavez.

«Il y a beaucoup d'agitation au sein de l'institution», a déclaré ce général à la retraite, qui a refusé que son nom soit publié par crainte de représailles du gouvernement.

Rocio San Miguel, président de l'organisation indépendante Control Ciudadano, qui surveille les agissements de l'armée, a affirmé que la récente annonce du candidat de l'opposition avait déclenché «une chasse aux sorcières» dans l'armée pour tenter de déterminer lequel des 500 généraux et amiraux a été choisi par Capriles.

L'opposition craint par ailleurs que les soldats soient forcés de voter pour le président. Les soldats vénézuéliens ont obtenu le droit de vote en 1999, durant la première année de la présidence d'Hugo Chavez. Les soldats votent dans les bureaux où ils sont enregistrés, en même temps que les civils.

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