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Des Kényans autorisés à poursuivre le Royaume-Uni pour tortures coloniales

05/10/2012 12:47 EDT | Actualisé 05/12/2012 05:12 EST

LONDRES - La Haute cour de justice britannique a autorisé vendredi trois Kényans torturés sous la colonisation britannique à poursuivre le gouvernement du Royaume-Uni, une décision qui pourrait encourager des milliers de Kényans à demander réparation.

Wambugu Wa Nyingi, Paulo Muoka Nzili et Jane Muthoni Mara affirment qu'ils ont été frappés et agressés sexuellement par des membres de l'administration britannique qui tentaient d'étouffer la rébellion des Mau Mau dans les années 1950. Des groupes de Kényans avaient attaqué des responsables britanniques et des fermiers blancs qui s'étaient installés dans des zones particulièrement fertiles du Kenya.

Environ 90 000 Kényans ont été exécutés, torturés ou mutilés pendant la répression du mouvement, selon le Comité des droits de l'homme du Kenya. Parmi les détenus figurait Hussein Onyango Obama, le grand-père du président des États-Unis, Barack Obama.

Le gouvernement britannique s'est dit déçu de la décision et a déclaré qu'il ferait appel. Le gouvernement ne conteste pas le fait que chacun des plaignants «a souffert de torture et d'autres mauvais traitements aux mains de l'administration coloniale», mais estime qu'il n'en est pas responsable légalement. Pour Londres, le passif du gouvernement colonial doit être assumé par le gouvernement kényan.

«La prescription pour une action civile est de trois à six ans», a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. «Dans cette affaire, cette période a été étendue à plus de 50 ans malgré le fait que les responsables des décisions sont morts et incapables de donner leur version des faits.»

L'affaire pourrait se révéler problématique pour le Royaume-Uni, qui craint de voir des milliers de Kényans, ou des ressortissants d'autres anciennes colonies, entamer le même type de poursuites judiciaires.

Caroline Elkins, historienne et auteure d'un livre accusateur sur les exactions de l'armée britannique contre les Mau Mau, a qualifié la décision de la Haute cour de «séisme».

«Elle reconnaît aux victimes kényanes de la torture coloniale britannique leurs souffrances inimaginables et valide leur humanité. Cela rappelle aussi à tous les gouvernements que quelque soit le temps écoulé, ils peuvent être et seront considérés comme responsables», a-t-elle déclaré dans un message électronique.

Au Kenya, une centaine d'hommes et de femmes impliqués dans le mouvement Mau Mau ont laissé éclater leur joie à l'annonce de la décision.

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