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Algérie: décès du médecin Pierre Chaulet, figure de l'anticolonialisme

05/10/2012 03:14 EDT | Actualisé 05/12/2012 05:12 EST

Le militant anti-colonialiste Pierre Chaulet, l'un des rares "pieds noirs" à s'être engagés en faveur de l'indépendance de l'Algérie, est décédé vendredi à l'âge de 82 ans des suites d'un cancer.

Selon un proche de la famille, la dépouille de Chaulet, décédé à Montpellier, dans le sud de la France, sera rapatriée lundi à Alger où il sera enterré le lendemain.

C'était "un homme à principes, un juste" qui "a toujours défendu et exalté la dignité", a déclaré à l'AFP l'ancien Premier ministre algérien Rédha Malek qui fut l'un de ses compagnons de lutte.

Né le 27 mars 1930 à Alger, Chaulet a lutté contre le colonialisme français auprès de figures emblématiques de la révolution algérienne.

"Il s'est engagé au Front de libération nationale (FLN) et s'est considéré comme un Algérien à part entière", a ajouté M. Malek. Le Pr Chaulet avait d'ailleurs obtenu la nationalité algérienne en 1963.

Il a effectué des opérations secrètes avec les combattants du FLN sous les ordres du révolutionnaire indépendantiste Abane Ramdane qu'il sauvé de la mort, raconte M. Malek.

"Si on parle de nationaliste d'une manière générale en Algérie, il faut parler de Pierre, car il a donné à cette idéologie une teinte démocratique", a affirmé pour sa part à l'AFP l'historien Mohamed Harbi qui a connu Chaulet en 1952 et milité avec lui.

Chaulet a été expulsé en France durant la guerre d'Algérie mais a réussi, avec sa femme Claudine qui avait également épousé la cause algérienne, à rejoindre le FLN en Tunisie où il a continué ses activités de résistant à la fois comme médecin et comme journaliste à El Moudjahid, publication du FLN.

Il est l'un des membres fondateurs de l'agence de presse algérienne APS, à Tunis en 1961.

"En Tunisie, nous nous sommes retrouvés au journal El Moudjahid avec Frantz Fanon. Parallèlement au travail de réflexion, il apportait une aide médicale", a indiqué M. Malek.

Pour la sociologue Fatma Oussedik, Pierre Chaulet, c'est "l'Algérie riche et plurielle".

"Il laisse une belle trace pour l'Algérie, c'est comme une belle comète qui est passée dans le ciel", a-t-elle dit à l'AFP.

"Pierre a pris conscience de la dichotomie entre les communautés chrétienne et musulmane et a voulu se rapprocher des musulmans", a souligné pour sa part M. Malek.

Il "laisse l'espoir d'une Algérie ouverte au monde, plus tolérante, accessible à ce qui n'est pas musulman", a déclaré M. Harbi en saluant un homme animé d'un "sentiment d'égalité et surtout d'une volonté d'enracinement dans un pays qui était essentiellement musulman, lui étant chrétien".

Fonctionnaire de l'Etat algérien en qualité de professeur de médecine, il était expert de la tuberculose auprès de l'organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1981. Chaulet est notamment connu pour son travail remarquable dans la lutte contre la tuberculose, qu'il a initiée au lendemain de l'indépendance.

Il a été élu vice-président de l'Observatoire national des droits de l'Homme (1992-1996), puis chargé de mission pour la santé auprès du chef du gouvernement (1992-1994).

Durant la décennie noire des années 90, il a été menacé de mort et forcé à un exil de plus de quatre ans. A son retour, il a apporté sa contribution d'expert OMS et de consultant en santé publique au ministère de la Santé et au Conseil national économique et social.

Il est l'auteur avec son épouse, qui a été professeur de sociologie à l'université d'Alger, d'un livre de mémoires: "Le choix de l'Algérie: deux voix, une mémoire", publié en 2012.

Selon l'un de ses proches, le Pr Chaulet a demandé a être enterré à côté de la tombe d'Henri Maillot, un autre militant algérien d'origine européenne qui avait rejoint les rangs des indépendantistes, au cimetière chrétien d'El Madania à Alger. L'enterrement aura lieu après un office religieux célébré par Mgr Henri Teissier, ancien archevêque d'Alger.

amb/vl

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