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Le Québec s'inquiète de la volonté du Gabon de favoriser l'anglais (ministre)

04/10/2012 06:38 EDT | Actualisé 04/12/2012 05:12 EST

La volonté du Gabon de favoriser l'anglais suscite "l'inquiétude" du Québec, qui compte bien appeler à la vigilance lors du sommet de la Francophonie, qui se tient à Kinshasa du 12 au 14 octobre, a indiqué mercredi le ministre québécois des Relations internationales.

Le président du Gabon Ali Bongo, un des plus proches alliés de la France en Afrique, a semé le trouble lundi en se prononçant pour l'introduction de l'anglais dans son pays et en vantant le modèle du bilinguisme au Rwanda.

"C'est un sujet d'inquiétude", a déclaré à l'AFP le ministre Jean-François Lisée de cette province francophone du Canada.

"Sans vouloir m'ingérer dans les affaires intérieures gabonaises, nous, nous avons beaucoup résisté à l'idée d'un bilinguisme officiel. Car quand il est officiel, il ne donne pas aux populations, à la culture et aux entreprises, le signal que la langue privilégiée est la langue française", a-t-il noté.

Le président Bongo doit se rendre à Kigali jeudi et vendredi pour étudier l'expérience rwandaise.

Après le génocide de 1994 et l'arrivée au pouvoir d'une diaspora tutsi ayant vécu pendant des années en Ouganda, pays voisin anglophone, Kigali a favorisé l'anglais dans les écoles et l'administration. La langue de Shakespeare est aujourd'hui l'une des trois langues officielles, aux côtés du kinyarwanda et du français.

"Le multilinguisme des individus, des entreprises, la capacité --nous le savons très bien, les Québécois-- à se projeter dans d'autres pays qui ont d'autres langues, c'est un atout", a reconnu M. Lisée.

Toutefois, la Première ministre québécoise, Pauline Marois, profitera du sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour "introduire la question linguistique et évidemment le message sera la nécessité d'être vigilant", a souligné le ministre, qui doit accompagner Mme Marois à Kinshasa.

Le ministre, qui a pris ses fonctions il y a moins d'un mois après la victoire des indépendantistes québécois, a expliqué attendre de voir "comment la nouvelle politique africaine que (le président français François) Hollande est sur le point de dévoiler va aussi modifier la fluidité" des échanges au sein de l'OIF.

"C'est sûr que la relation France-Afrique c'est toujours un peu l'éléphant dans la pièce, j'ai pu assister à deux sommets en tant que conseiller de deux Premiers ministres alors je connais un peu la musique", a-t-il remarqué.

"Mais notre rôle, c'est de faire de la Francophonie un monde multipolaire", a souligné M. Lisée.

Dans la foulée du sommet de Kinshasa, Pauline Marois doit rencontrer à l'Elysée François Hollande. Les indépendantistes québécois sont historiquement proches des socialistes français et M. Lisée a indiqué que l'arrivée au pouvoir des nouveaux gouvernements à Québec et Paris allait sceller "une étape supplémentaire dans la construction d'une relation exemplaire".

"Il n existe pas deux nations séparées par un océan qui ont une intensité de relations personnelles, culturelles, économiques aussi grandes", a proclamé le ministre.

A propos du traité de libre échange en négociation entre le Canada et l'Union européenne, il a confirmé que la signature d'une entente "avant Noël" était toujours l'objectif, tout en indiquant que certains points devaient encore être précisés, notamment "la question culturelle".

sab/via/mdm

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