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Le Parlement turc autorise les opérations militaires en Syrie

04/10/2012 02:49 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

AKCAKALE, Turquie - Le Parlement turc a approuvé jeudi une loi autorisant des opérations militaires sur le territoire syrien, en représailles au bombardement de l'armée syrienne qui a tué cinq civils turcs la veille dans la région frontalière entre les deux pays.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé lors d'une conférence de presse que la Turquie ne voulait pas la guerre, mais qu'elle était déterminée à protéger son peuple et ses frontières.

Il a laissé entendre que les tirs n'étaient pas accidentels, affirmant que des obus étaient tombés en territoire turc à sept reprises depuis le début de la guerre en Syrie.

«Nous voulons la paix et la sécurité et rien d'autre. Nous ne pourrions jamais vouloir une guerre», a affirmé M. Erdogan. «La Turquie est un pays capable de protéger son peuple et ses frontières. Personne ne doit tester notre détermination sur la question.»

Le vice-premier ministre turc, Besir Atalay, avait assuré plus tôt que cette loi n'était pas une déclaration de guerre, mais un moyen de dissuasion face à la Syrie.

Selon M. Atalay, le gouvernement syrien a reconnu sa responsabilité dans le bombardement et s'est officiellement excusé pour les victimes. Damas a rassuré l'ONU en affirmant qu'un tel incident ne se reproduirait pas, d'après M. Atalay.

Un conseiller du premier ministre a lui aussi assuré que la Turquie n'avait pas l'intention de déclarer la guerre à son voisin, qualifiant d'«avertissement» les bombardements de mercredi et jeudi vers des cibles militaires syriennes.

Convoqués en session extraordinaire jeudi, les députés turcs ont approuvé la loi par 320 voix contre 129. La loi donne au gouvernement le pouvoir d'envoyer des soldats ou des avions de chasse frapper des cibles militaires de l'autre côté de sa frontière quand il le juge nécessaire. La loi sera en vigueur pendant un an.

Pendant que les députés débattaient du projet de loi, des citoyens se sont réunis à Ankara pour exprimer leur opposition à toute guerre contre la Syrie. «Non à une intervention impérialiste en Syrie», pouvait-on lire sur une bannière.

Les tirs de l'armée turque contre des cibles syriennes ont repris jeudi, a annoncé la télévision publique TRT. Le ministère turc des Affaires étrangères n'a pas pu confirmer l'intervention armée et le ministère de la Défense s'est refusé à tout commentaire.

La Turquie, qui a renforcé sa présence militaire à sa frontière avec la Syrie ces derniers mois, accueille plus de 90 000 réfugiés syriens sur son territoire, ainsi que des groupes de l'opposition syrienne.

Le pilonnage meurtrier de mercredi contre le village frontalier d'Akcakale semblait provenir des forces loyales au régime du président syrien Bachar el-Assad. Le ministre syrien de l'Information, Omran al-Zoubi, a présenté ses «plus sincères condoléances au nom du gouvernement syrien aux familles des victimes et au peuple turc». Il a tout de même demandé à la Turquie de mieux contrôler ses frontières et d'«empêcher des militants et des terroristes de les franchir».

Jeudi soir, le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné «dans les termes les plus fort» les tirs syriens en territoire turc.

«Cet incident met en lumière le grave impact que la crise en Syrie a sur la sécurité de ses voisins et sur la paix et la stabilité régionales», affirme le conseil dans un communiqué.

L'OTAN a également condamné les tirs syriens lors d'une réunion d'urgence à Bruxelles dans la nuit de mercredi à jeudi.

«L'organisation continue de soutenir la Turquie et demande l'arrêt immédiat de ce type d'actes agressifs contre un allié de l'OTAN». L'Alliance atlantique a aussi appelé le régime syrien à «mettre un terme aux violations flagrantes du droit international».

À New York, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit alarmé par l'escalade des tensions à la frontière turco-syrienne et a averti que le risque d'un conflit régional augmentait.

Ban Ki-moon a appelé toutes les parties «à abandonner le recours à la violence, à exercer un maximum de retenue et à faire tous les efforts pour se diriger vers une solution politique», a indiqué son porte-parole, Martin Nesirky.

M. Nesirky a souligné que l'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, était en contact avec les autorités turques et syriennes «pour encourager l'apaisement des tensions».

L'ambassadeur syrien à l'ONU, Bachar Jaafari, a affirmé que son gouvernement ne cherchait pas à envenimer le conflit avec la Turquie et enquêtait sur les bombardements qui ont fait cinq morts. Il a lu devant les journalistes une lettre qu'il a remise au Conseil de sécurité, dans laquelle Damas fait état de ses «condoléances» aux familles des victimes et à la Turquie. Mais il a précisé que la lettre ne comprenait pas d'excuses parce que l'enquête sur cet incident n'est pas terminée.

Il a ajouté que les bombardements de représailles de la Turquie avaient blessé deux responsables de l'armée syrienne.

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