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La Turquie autorise des opérations militaires en Syrie

04/10/2012 03:42 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

Le Parlement turc autorise l'armée à conduire des opérations en Syrie « si nécessaire ». Le gouvernement turc a adopté une motion en ce sens au lendemain d'un incident qui a coûté la vie à cinq civils dans le village turc frontalier d'Akçakale.

Réunie en session spéciale à huis clos, l'Assemblée nationale turque a adopté la motion avec l'appui de 320 députés contre seulement 129, qui s'y sont opposés. Le feu vert ainsi accordé aux militaires turcs par leur gouvernement ne constitue pas un mandat pour mener une guerre contre la Syrie. Il revêt un caractère « dissuasif », a indiqué le vice-premier ministre turc, Besir Atalay.

« La Turquie ne cherche pas à faire la guerre, mais elle est parfaitement capable de se défendre contre toute attaque menaçant sa souveraineté », a résumé un politicien du Parti de la justice et du développement (AKP), Ömer Celik.

« La Turquie n'a pas intérêt à une guerre avec la Syrie. Mais la Turquie est capable de protéger ses frontières et ripostera quand cela sera nécessaire », a, quant à lui, expliqué Ibrahim Kalin, conseiller du premier ministre Erdogan, sur son compte Twitter. « Les initiatives politiques et diplomatiques se poursuivront », a-t-il ajouté.

La motion permet au gouvernement turc d'ordonner des opérations militaires en sol syrien pour une période d'un an. « Les activités hostiles visant le territoire turc sont sur le point de devenir une attaque militaire (...) et, de ce fait, sont de caractère à menacer notre sécurité nationale », lit-on dans le texte de la motion.

Toute opération militaire en sol étranger doit être autorisée, au préalable, par le Parlement, selon la Constitution turque.

Entre-temps, la Syrie a présenté ses excuses à la Turquie pour l'incident à l'origine de l'escalade des derniers jours entre les deux voisins. « La partie syrienne admet ce qu'elle a fait et s'excuse, a souligné M. Atalay. Elle assure qu'un tel incident ne se répétera pas. »

Damas se rend ainsi aux conseils de son allié, la Russie, qui lui suggérait de reconnaître le caractère accidentel des tirs.

« Nous avons parlé aux autorités syriennes qui nous ont assuré [...] que ce qui s'est produit à la frontière avec la Turquie était un tragique accident et que cela ne se reproduirait pas », avait d'ailleurs déclaré, mercredi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d'une visite à Islamabad.

Appels au calme unanimes

La communauté internationale a lancé un appel unanime à la retenue. Tant l'OTAN, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Égypte que la Russie et l'Iran ont appelé les deux parties à faire preuve de retenue. Les premiers ont condamné les tirs d'obus de la Syrie vers la Turquie pendant que la Russie et la Syrie, sans condamner les tirs syriens, recommandaient .

« La République islamique d'Iran demande aux deux parties de faire preuve de retenue, d'enquêter sur l'incident et tenir compte des objectifs des ennemis dans la région », a déclaré le ministre des Affaires étrangères adjoint chargé des affaires arabes, Hossein Amir Adbolahian.

« Les deux parties doivent tenir compte des extrémistes armés et des groupes terroristes dans la région (...) La sécurité de la région repose sur le renforcement du contrôle aux frontières de la Syrie », a-t-il poursuivi.

Les diplomates craignent que le conflit syrien entraîne l'ensemble de la région dans sa spirale.

La représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a fermement condamné les tirs de l'armée syrienne et exhorté « toutes les parties à faire preuve de retenue ».

Le chef de la diplomatie égyptienne, Mohamed Kamal Amr, a « appelé le gouvernement syrien à ne pas violer les frontières des pays voisins, avertissant contre les nombreux dangers pour l'ensemble de la région ». Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a, pour sa part, estimé que les tirs syriens constituaient « une menace sérieuse à la paix et à la sécurité internationales ».

À New York, le secrétaire général de l'ONU s'est dit « inquiet de l'escalade » et demande un « maximum de retenue ». Le porte-parole des Nations unies, Martin Nesirky, a souligné que l'incident de mercredi « démontrait à nouveau comment le conflit syrien menaçait non seulement la sécurité du peuple syrien, mais causait de plus en plus de tort à ses voisins ».

Le secrétaire britannique des Affaires étrangères, William Hague, a dit « ne pas vouloir assister à la poursuite de l'escalade à propos de cet incident ». La chancelière allemande Angela Merkel a, tout en condamnant les actions de la Syrie, exhorté les parties concernées à faire preuve de « bon sens ».

L'OTAN et l'ONU saisies de l'affaire

La Turquie a pris l'attaque de mercredi très au sérieux en réclamant une réunion d'urgence des membres de l'OTAN en vertu de l'article 4 du traité de l'Atlantique Nord. Ce dernier stipule que des consultations extraordinaires peuvent être exigées par l'une de ses parties si elle juge son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité menacée.

En réunion avec les membres de l'OTAN, la Turquie a réclamé l'arrêt des actions « agressives » de la Syrie à son endroit sans toutefois recourir à l'article 5, qui assimile l'agression d'un membre comme une attaque contre tous ses membres.

« L'organisation continue à soutenir la Turquie et demande l'arrêt immédiat de ce type d'actes agressifs contre un allié de l'OTAN », a déclaré l'Alliance atlantique, tout en appelant le régime de Bachar Al-Assad à « mettre un terme aux violations flagrantes des règles internationales ».

Ankara a également saisi le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier lui enjoignant de prendre « les mesures nécessaires » pour faire cesser « l'agression » syrienne.

Le Conseil de sécurité devait publier, jeudi, une déclaration non contraignante condamnant le tir de mortier de la Syrie « dans les termes les plus fermes ».

Fidèle allié de Damas, Moscou aurait toutefois émis des objections au projet de texte de déclaration du Conseil de sécurité. Le projet condamnait « dans les termes les plus fermes » les tirs syriens contre la Turquie, estimant qu'ils « constituent une grave menace pour la paix et la sécurité internationales ».

« Nous estimons important qu'une approche mesurée, fondée sur les faits réels, soit pratiquée au Conseil de sécurité », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. La Russie a déjà imposé son droit de veto à trois reprises au Conseil de sécurité depuis le début de la crise syrienne en mars 2011. Les trois résolutions du conseil visaient à sanctionner Damas.

L'incident d'Akçakale

Des tirs d'obus syriens ont frappé mercredi le village d'Akçakale, situé dans le sud-est de la Turquie, en face du poste-frontière syrien Tall al-Abyad. Les tirs ont tué cinq personnes, deux soeurs et les trois enfants de l'une d'elles. Même si l'origine des tirs qui ont frappé la localité n'a pas été officiellement déterminée, le chef du gouvernement turc a accusé le régime de Damas d'en être le seul responsable.

La Turquie a répliqué dans les heures suivantes avec des tirs sur des positions syriennes. Les tirs de l'armée turque contre des cibles syriennes ont repris pour une deuxième journée consécutive jeudi.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), la riposte militaire turque, qui a notamment visé une base de l'armée du président Bachar Al-Assad, a tué « plusieurs soldats syriens ».

« Nos forces armées dans la région frontalière ont répondu à cette attaque atroce avec des tirs d'artillerie sur des cibles en Syrie qui ont été détectées par radar, conformément aux règles d'engagement », a déclaré le bureau du premier ministre turc.

Selon la télévision turque NTV, la Syrie a annoncé l'ouverture d'une enquête sur l'origine d'un tir d'obus transfrontalier contre son voisin, et présenté « ses sincères condoléances » aux familles des victimes civiles.

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