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Des colons pacifistes veulent pousser la coopération avec les Palestiniens

04/10/2012 04:13 EDT | Actualisé 03/12/2012 05:12 EST

Mohammad Saed, un notable palestinien, vient enfin d'obtenir de l'armée israélienne l'autorisation de construire des maisons dans son village de Khirbet Zakarya, en Cisjordanie. Avec l'appui d'Eliaz Cohen, un habitant de la colonie voisine de Kfar Etzion.

"Depuis trois ans, je me bats à ses côtés pour qu'il obtienne gain de cause", explique Eliaz Cohen, poète, un des pionniers du dialogue entre colons et Palestiniens.

Pour lui, la paix passe par la reconnaissance mutuelle du droit de chacun à la même terre. "Il ne s'agit pas de se partager en deux la terre mais de la partager ensemble", plaide-t-il.

"Je crois qu'il y a de la place pour que deux entités nationales puissent exister dans le même espace, soit sous forme de confédération ou de deux Etats, mais sans que personne ne perde ses droits historiques sur cette terre à laquelle nos deux peuples sont attachés", estime Eliaz Cohen.

En 2010, son ami Nahum Patchenik a créé le mouvement Eretz Shalom (Terre de paix), un petit groupe de colons qui promeut la coopération religieuse, sociale et économique avec les Palestiniens.

"La paix est obligatoire entre nous", explique ce père de quatre enfants, qui vit aussi dans le Goush Etzion, un bloc de colonies proche de la ville palestinienne de Bethléem.

La barbe fournie, une grande kippa sur la tête, des sandales aux pieds, Nahum Patchenik ressemble au prototype du colon religieux nationaliste peu disposé à discuter avec ses voisins palestiniens.

Ce fils de rabbin, qui ne se voit pas vivre ailleurs que dans les colonies, explique cependant: "Je suis lié à cette terre et j'y resterai mais les Palestiniens le sont aussi et je veux apprendre à vivre avec eux".

Eretz Shalom compte 1.700 membres --sur un demi-million de colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est--, dont 150 Palestiniens.

"Nous avons organisé des rencontres interreligieuses, des distributions de colis pour les pauvres, des manifestations communes contre le mur de séparation (en Cisjordanie) et nous avons encore beaucoup de projets", rapporte Nahum Patchenik. Comme de cultiver un champ en commun.

"Le projet s'appelle Sdot Shamayim (le champ de Dieu) car nous croyons, juifs et musulmans, que la terre n'appartient finalement qu'à Dieu. Nous offrirons tous ses produits à des familles nécessiteuses".

Il faut reconnaître qu'Eretz Shalom n'est guère populaire chez la plupart des colons qui voient dans l'association au mieux un groupe de fous utopistes, au pire des traîtres.

Sur le terrain, les ONG s'alarment de la hausse du nombre d'attaques de colons contre les Palestiniens et leurs possessions: 167 en 2009, 312 en 2010 et 411 en 2011, selon l'ONU.

"Suis-je fou?", demande ingénument Nahum. "Oui, un fou de paix".

Il refuse de proposer des solutions politiques mais si la solution à deux Etats devait être adoptée un jour, il affirme vouloir rester vivre en Palestine.

"C'est mon droit de faire partie d'une minorité juive dans une démocratie palestinienne tout comme plus d'un million de Palestiniens vivent dans l'Etat d'Israël (depuis sa création en 1948)", dit-il.

"Mais la paix se fera entre les hommes de bonne volonté sur le terrain pas sur la pelouse de la Maison Blanche", ajoute-t-il.

Ibrahim Anbaoui, un Palestinien de Ramallah, est membre d'Eretz Shalom et veut répandre ses idées chez ses compatriotes. "J'ai rencontré des colons qui sont d'accord pour vivre dans un futur Etat palestinien et ce dialogue est une bonne chose pour l'avenir", juge-t-il.

Nahum Patchenik a rencontré récemment le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah avec une délégation de dignitaires juifs religieux.

"Cette rencontre était très importante pour nous car M. Abbas a autorisé la poursuite du dialogue. C'est un pas de plus vers la paix", se réjouit-il.

"Les mentalités évoluent et de plus en plus de gens, chez les colons ou chez les Palestiniens, comprennent que notre avenir est étroitement lié. Nous sommes condamnés à faire la paix", renchérit Eliaz Cohen.

mib/agr/vl

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