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Débat présidentiel US: les déclarations d'Obama et Romney et les faits

04/10/2012 12:04 EDT | Actualisé 04/12/2012 05:12 EST

WASHINGTON - WASHINGTON (Sipa) — Le président Barack Obama et son rival, le républicain Mitt Romney, ont exposé une multitude de propositions lors de leur premier débat pour la présidentielle mercredi soir. Et leurs affirmations ne sont pas toujours tout à fait exactes.

- EMPLOI:

Romney affirme que "23 millions de personnes sont sans emploi. La preuve en est qu'une personne sur six est pauvre. La preuve en est que nous sommes passés de 32 millions de personnes dépendant des bons alimentaires à 47 millions. La preuve en est que 50% des diplômés d'université de cette année ne trouvent pas de travail".

Les faits: le nombre officiel de chômeurs s'élève à 12,5 millions de personnes mais le candidat républicain prend en compte les huit millions de personnes travaillant à temps partiel non choisi et les 2,6 millions qui ont cessé de chercher un emploi par découragement, pour reprendre des études ou pour d'autres raisons.

Quant aux diplômés, une analyse de la Northeastern University pour l'agence Associated Press montre qu'un quart d'entre eux se trouvent probablement au chômage et un autre quart sous-employés, c'est-à-dire à des postes n'exploitant pas toutes leurs compétences ou leur expérience.

- SANTE:

Mitt Romney affirme que la réforme de santé d'Obama "instaure un conseil non élu qui dirait aux patients quel traitement ils peuvent avoir. Je n'aime pas cette idée".

Les faits: Romney fait référence au Conseil consultatif indépendant sur les paiements (IPAB), un collège d'experts qui pourrait imposer des coupes dans le programme Medicare en cas de dépassements dans certains cas et d'inaction du Congrès.

Mais cette loi limite explicitement les pouvoirs du Conseil, qui ne peut pas rationner les soins, faire payer davantage les retraités, réduire les aides ou relever l'âge minimum pour bénéficier de Medicare.

L'IPAB, qui n'a pas encore été formé et dont la composition doit être validée par le Sénat, ne peut pas dicter aux médecins les traitements qu'ils doivent prescrire. L'inflation des dépenses de santé ayant été modeste ces dernières années, des économies sont peu probables sur les dix prochaines années.

- IMPOTS:

Obama a déclaré: "Le gouverneur Romney (...) propose une réduction d'impôts de 5.000 milliards de dollars, en plus de la prorogation des abattements fiscaux Bush, soit 3.000 milliards, et 2.000 milliards de dépenses militaires supplémentaires. Cela fait 8.000 milliards. Comment va-t-on les financer, réduire le déficit et réaliser les investissements nécessaires sans faire peser ces efforts sur la classe moyenne américaine? Je pense que c'est l'une des questions centrales de cette campagne".

Les faits: Obama parle probablement de l'effet du programme fiscal de Romney sur dix ans, mais il ne prend pas le plan dans son ensemble.

Romney veut baisser les impôts sur le revenu de 20%, éliminer l'impôt foncier et l'impôt minimum alternatif (impôt-plancher). L'institut de recherche Tax Policy Center de Washington estime que cela réduirait les recettes fiscales fédérales de 465 milliards de dollars en 2015, soit environ 5.000 milliards sur dix ans.

Mais le candidat républicain prévoit de financer ces baisses d'impôts par la réduction ou la suppression de crédits d'impôts, abattements et exemptions. Il souhaite aboutir à des impôts plus simples mais qui rapportent autant que le système actuel, de façon plus efficace. Le problème, comme le souligne Obama, est que Romney refuse de préciser quels abattements il supprimera pour financer l'abaissement des taux d'imposition.

- DEFICIT:

Attaqué sur le thème du déficit, Barack Obama assure que son administration a hérité de la dette américaine due aux politiques de George W. Bush: "J'ai proposé un plan de réduction du déficit de 4.000 milliards de dollars (3.090 milliards d'euros) (...) Pour cela, nous demandons 1 dollar de recettes supplémentaires pour 2,50 dollars de réduction".

Les faits: 2.000 milliards de dollars, soit la moitié de ce plan, ont déjà été votés l'an dernier grâce au soutien des républicains, qui ont plafonné les dépenses de fonctionnement pour dix ans. Le plan inclut aussi une économie de plus de 800 milliards de dollars qui sera de toute façon réalisée avec la fin des guerres en Irak et en Afghanistan. Le remboursement des médecins dans le cadre du programme Medicare de sécurité sociale pour les personnes âgées est par ailleurs habilement escamoté. Tout cela pris en compte, la réduction du déficit repose surtout sur les hausses d'impôts.

Le budget proposé en février par Obama prévoit une réduction des déficits de 2.000 milliards de dollars, et non 4.000, sur dix ans. Sur cette somme, les hausses d'impôts pour les Américains les plus aisés et la suppression de certaines niches fiscales dont bénéficient les entreprises représenteraient 1.600 milliards de dollars proviendraient de hausses d'impôts et de la suppression de niches fiscales pour les plus aisés et les entreprises. Il prévoit une économie relativement modeste de 597 milliards sur les grands programmes sociaux fédéraux comme Medicare et Medicaid (pour les plus démunis) et veut dépenser plus dans des projets d'infrastructures.

Il est à noter que les guerres d'Irak et d'Afghanistan ont principalement été financées par l'emprunt: leur fin ne signifie pas de l'argent en plus à réaffecter ailleurs mais de l'endettement en moins.

Mitt Romney veut "rendre le gouvernement (fédéral) plus efficace".

Les faits: Romney a promis de ramener le budget à l'équilibre d'ici huit à dix ans mais n'a pas livré le détail de son plan. Il s'est seulement engagé sur des principes dont certains sont contradictoires avec son objectif, comme d'augmenter les dépenses du Pentagone et de rétablir plus de 700 milliards que les démocrates ont prévu d'économiser sur dix ans sur Medicare. Il exclut des hausses d'impôts.

Il promet de ramener le budget fédéral à 20% du produit intérieur brut (PIB), contre 23% actuellement, en quatre ans de mandat. Son équipe de campagne estime que cela représente 500 milliards de dollars d'économie rien que sur le budget 2016. Il a aussi promis une réduction de 20% des taux d'imposition financée par la suppression d'abattements fiscaux réservés aux plus riches et par la croissance économique.

Pour cela, il devrait réaliser des coupes si sévères dans d'autres programmes que le Congrès ne les approuverait jamais. Il n'a cité que quelques programmes publics qu'il entend mettre au régime, comme la régie ferroviaire Amtrak. Il veut abroger la réforme de santé surnommée "Obamacare" qui vise à réduire le déficit.

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