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Critiques et manifestation contre la composition du gouvernement libyen

04/10/2012 04:12 EDT | Actualisé 04/12/2012 05:12 EST

La composition du gouvernement libyen proposée par le Premier ministre élu Moustapha Abou Chagour a été critiquée jeudi par plusieurs élus de l'Assemblée nationale, dont le siège a été envahi par une centaine de protestataires.

A la demande des autorités libyennes, qui ont fait état d'incidents au Parlement, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a décidé de reporter la visite qu'il devait effectuer samedi en Libye, a-t-on annoncé dans son entourage à Paris.

Le Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique du pays, débattait lors d'une réunion en soirée à Tripoli de la liste présentée par M. Abou Chagour, et devait se prononcer sur l'investiture de chaque ministre.

La liste de 29 ministres, dont une seule femme, comprend plusieurs membres du gouvernement de transition sortant d'Abdelrahim al-Kib et ne compte aucun représentant de la principale coalition libérale.

"Personne n'est satisfait du gouvernement proposé", estime l'analyste Miftah Bouzeid. "Plusieurs des candidats ne sont pas connus et n'ont pas fait leurs preuves dans le gouvernement précédent. Je ne vois pas un tel gouvernement durer", a averti M. Bouzeid, rédacteur en chef du journal Barniq basé à Benghazi (est).

Au cours du débat retransmis en direct à la télévision, plusieurs élus ont critiqué le gouvernement proposé, notamment la présence de personnalités qui avaient servi dans les instances mises en place par la rébellion durant le conflit en 2011, ou dans le gouvernement sortant de M. Kib.

"Abou Chagour n'a pas formé le gouvernement qu'il avait promis. Ce n'est ni un cabinet d'union nationale ni un gouvernement représentatif de toutes les régions", a dit l'un des élus sans se présenter.

"Nous n'avons pas reçu leurs CV", s'est plaint un autre, soulignant que cela montrait un manque de respect à l'Assemblée.

"La plupart des ministres dans la liste étaient dans le précédent gouvernement, sont des incompétents ou des inconnus", a lancé un troisième.

Mohammed al-Megaryef, le président du CGN, a annoncé au cours du débat que M. Abou Chagour l'avait appelé pour retirer sa liste et en présenter une nouvelle. Mais aucune décision n'a été prise dans l'immédiat.

D'autres élus ont appelé à ce que la sécurité des débats soit assurée, soulignant qu'il était impossible de former un gouvernement sous la pression ou les menaces, en allusion aux manifestants qui ont fait irruption au siège de l'Assemblée pour protester contre la composition du gouvernement.

"Cela est un précédent dangereux", a dit l'un d'eux. "Ils viennent d'entrer au Congrès sans que personne ne les arrête", a dit un autre.

L'un des élus a blâmé M. Abou Chagour, en arguant que c'était l'incapacité du Premier ministre de mettre en place une véritable coalition gouvernementale qui avait provoqué cette réaction de colère dans la rue.

Les manifestants libyens, qui n'étaient pas armés, sont entrés dans les locaux du CGN, et selon des témoins, ont fait part de leur mécontentement à l'assemblée, première autorité élue après quatre décennies de dictature sous le régime de Mouammar Kadhafi, renversé après huit mois de conflit en 2011.

Ils protestaient contre l'absence dans le nouveau gouvernement d'un représentant de Zawiya, la région de l'ouest libyen dont ils sont originaires.

M. Abou Chagour, un technocrate de 61 ans, a été élu Premier ministre le 12 septembre avec seulement deux voix d'avance sur le chef de l'alliance des libéraux, Mahmoud Jibril.

Dans un communiqué sur son site internet, le Parti de la justice et de la construction (PJC) issu des Frères musulmans, deuxième force politique à l'assemblée, s'est dit déçu par le gouvernement proposé.

"Ce n'est pas le gouvernement de consensus national auquel nous aspirions pour faire sortir le pays de sa crise actuelle. Ce n'est pas non plus un gouvernement où les technocrates dominent", a souligné ce parti qui avait soutenu M. Abou Chagour.

dsg/tp

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