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A Tanger, un scrutin test pour le PJD laisse les Marocains indifférents

04/10/2012 05:48 EDT | Actualisé 04/12/2012 05:12 EST

Une élection, "quelle élection"? La formation islamiste PJD vivait jeudi son premier test électoral comme parti de gouvernement lors de législatives partielles à Marrakech ainsi qu'à Tanger, où morosité et indifférence semblaient prédominer dans la population.

A Tanger, la capitale du nord du Maroc, le Parti justice et développement (PJD) du Premier ministre Abdelilah Benkirane est notamment confronté à des candidats se présentant sous la bannière du Parti authenticité et modernité (PAM), fondé en 2008 par Fouad Ali El Himma, un proche du roi Mohammed VI.

Trois sièges y sont à pourvoir, tous remportés en novembre dernier par le PJD mais qui ont fait l'objet d'invalidations en raison de l'"utilisation de signes religieux" durant la campagne --la présence d'une mosquée sur un tract du parti--, ce qui est interdit.

Les résultats ne seront pas connus avant vendredi.

Pour la plupart des acteurs politiques, ces sessions de rattrapage font office de test pour le PJD, mouvement cantonné pendant des décennies dans l'opposition, avant le souffle du Printemps arabe.

"Ces législatives partielles sont un symbole pour notre gouvernement et notre parti", a lui-même déclaré M. Benkirane dimanche à Tanger, devant des centaines de militants.

Preuve de l'importance accordée au scrutin, 10 des 12 ministres islamistes ont participé à des meetings à Tanger.

Toutefois, sur la place surplombant le vieux port de Tanger, parmi les dizaines de jeunes assis mercredi à contempler les côtes espagnoles à 15 km de là, les élections ne déclenchent pas d'enthousiasme.

Amine, 23 ans, fixe son regard sur ce bout de terre parfaitement visible en cette journée d'automne ensoleillée. "Même l'Espagne n'attire plus comme avant à cause de la crise", soupire ce jeune sans emploi. "Voter? Quelle élection? Je ne suis même pas au courant de ce vote. Encore des élections?", poursuit-il.

"Je serai à la faculté jeudi. Mais de toute façon, je n'irai pas voter car ça ne sert à rien", ajoute Fatima Zahra, une étudiante.

Un marchand ambulant du quartier populaire de Beni Makada est lui aussi désabusé. "J'ai déjà voté en novembre...", glisse-t-il.

Maire (PAM) de Tanger, Fouad El Omary dit comprendre ce manque d'engouement.

"C'est logique, cette élection n'aura aucune conséquence sur l'actuel gouvernement, même si elle est présentée comme un test", indique-t-il à l'AFP.

A la fin de l'été, la campagne électorale a fait une incursion à la une des médias avec l'interdiction d'une cérémonie de clôture du congrès des jeunes du PJD.

Alors que cette mesure avait été présentée comme un nouvel épisode dans la lutte de pouvoir entre gouvernement et palais royal, le ministre de l'Intérieur Mohand Laenser -qui n'est pas PJD- l'avait justifiée par le fait que l'imminence du scrutin pouvait donner lieu à des troubles à l'ordre public.

A Tanger, les tensions sociales restent vives malgré la récente installation à proximité de la ville de grandes entreprises attirées par la zone franche.

Mardi, des affrontements ont éclaté entre des habitants de Beni Mekada et la police, faisant plusieurs blessés légers dont des membres des forces de l'ordre, qui ont procédé à au moins dix arrestations.

Malgré la morosité ambiante, le PJD reste le grand favori du scrutin, Tanger étant considéré par les observateurs comme un de ses fiefs.

Les candidats du PAM, eux, parient sur une perte de crédibilité du "parti de la lampe". "Les gens ont découvert la vraie nature du PJD, un parti populiste, ni plus ni moins", fait valoir un militant du PAM.

Présent mardi soir à Tanger, le ministre (PJD) des Relations avec le Parlement Lahbib Choubani affichait lui la volonté du parti de résister à l'érosion.

"On est prêts à faire des élections chaque année, chaque mois, chaque jour. Le gouvernement ne nous a pas changés. Nous sommes toujours des fils du peuple", a-t-il scandé.

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