QUÉBEC - Des milliards de dollars de fonds publics ont été détournés par le crime organisé à cause de l'incurie des libéraux au pouvoir, ont affirmé mercredi des ministres du gouvernement de Pauline Marois.

Se disant «horrifiée» par les révélations choc entendues ces derniers jours à la Commission Charbonneau, la ministre du Travail, Agnès Maltais, a dénoncé le gouvernement précédent pour avoir tardé à lancer une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction.

«Moi, ce que je regarde, ce sont les gens qui étaient là avant moi et qui n'ont rien fait. Je trouve cela terrible, on en paie tous et toutes le prix. Pendant des années, nous avons demandé une enquête et nous voyons maintenant pourquoi le Parti libéral n'aurait pas dû attendre et agir», a-t-elle fait valoir à l'entrée du réunion du cabinet.

Son collègue Jean-François Lisée, ministre responsable de la région de Montréal, a tenu des propos de même nature. A son avis, les libéraux ont une lourde responsabilité à assumer pour avoir ignoré les appels répétés d'une vaste majorité de la population.

«Plus on apprend des choses à la commission, plus on se rend compte que la responsabilité des libéraux est écrasante, parce que s'ils avaient accepté ce que 80 pour cent des Québécois demandaient il y a deux ans, c'est-à-dire d'ouvrir la commission, on aurait eu des éléments d'informations plus tôt, on aurait agi plus rapidement pour colmater les brèches», a-t-il dit.

Il y a près d'une semaine, le ministre a offert l'assurance aux maires de la Communauté métropolitaine de Montréal qu'ils disposeraient avant Noël d'une nouvelle mouture de la loi 35 pour combattre la fraude dans la construction.

Pendant que procrastinait le gouvernement Charest dans ce dossier, les contribuables québécois se faisaient flouer à coups de milliards de dollars, s'est à son tour insurgé le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard.

Si les libéraux s'étaient rendus aux arguments des partis d'opposition, des économies substantielles auraient été réalisées, a-t-il argué.

«On a perdu deux ans pendant lesquels un système a coûté des milliards de dollars aux Québécois. L'incurie libérale coûte cher, ça se calcule en milliards de dollars. Les systèmes qui sont mis à jour actuellement auraient dû l'être il y a deux ans quand tout le monde réclamait une enquête», a dit M. Bédard.

A ses yeux, les libéraux devraient présenter des excuses aux Québécois pour avoir résisté à la tenue de l'enquête pour des raisons «strictement politiques».

«Il est évident qu'ils ont des explications à donner par rapport aux révélations. Les stratagèmes étaient connus des entrepreneurs alors pourquoi ils ont retardé autant la tenue de cette commission d'enquête?», a-t-il soulevé.

Dans son témoignage à la barre de la Commission Charbonneau, l'ex-entrepreneur Lino Zambito a décrit en détail les rouages d'un système rodé de corruption impliquant la mafia sicilienne, des entrepreneurs, des fonctionnaires et même le parti du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.