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02/10/2012 05:40 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Tunisie : une femme violée devant un juge pour "atteinte à la pudeur"

Une jeune femme violée par des policiers était interrogée mardi matin par un juge d'instruction de Tunis qui doit décider de l'inculper ou non d'atteinte à la pudeur, a constaté une journaliste de l'AFP, une affaire qui fait scandale en Tunisie.

La jeune femme, qui tient à garder son anonymat, est arrivée au tribunal peut avant 09H00 GMT, le visage caché par des lunettes de soleil et un foulard noir. Son fiancé avait lui une serviette sur la tête.

"Le monde entier me soutient. Je demande votre soutien", a déclaré la victime du viol à l'AFP, des sanglots dans la voix, tout juste avant d'entrer avec ses avocats dans le bureau du juge Mohamed Ben Meftah.

La jeune femme de 27 ans, violée par des policiers début septembre, doit être interrogée par un juge d'instruction dans le cadre d'une information judiciaire pour "atteinte à la pudeur" la visant ainsi que son fiancé, un délit passible de six moise prison ferme.

Les violeurs présumés ont affirmé que le couple était dans une "position immorale" au moment de leur interpellation tout juste avant le viol.

Une source au sein du tribunal a indiqué mardi à l'AFP qu'à l'issue de l'interrogatoire, le juge d'instruction décidera d'inculper ou non la jeune femme et son fiancé.

"Après l'interrogatoire et après avoir écouté les avocats, le juge doit classer l'affaire ou la transférer devant le tribunal compétent", a expliqué cette source, précisant que cette décision ne sera pas prise nécessairement dès mardi.

Selon cette même source, le couple aurait été surpris en plein ébats dans une voiture par les policiers. Deux agents ont alors conduit la jeune femme dans un véhicule de police où ils l'ont violée pendant qu'un troisième tentait d'extorquer de l'argent au jeune homme.

Une confrontation entre les parties a eu lieu la semaine dernière.

Les trois policiers, incarcérés dès début septembre, risquent de très lourdes sanctions, le viol avec violence étant théoriquement passible de la peine capitale en Tunisie où aucune exécution n'a cependant eut lieu depuis plus de vingt ans.

Plusieurs centaines de personnes manifestaient dans la matinée leur soutien à la victime devant le tribunal de première instance de Tunis. Elles brandissaient des pancartes et banderoles proclamant notamment "Révolution volée, femme voilée, petite fille violée" ou encore "Violée ou voilée, faut il choisir".

Ils scandaient aussi des slogans tels "Dégagez bande de pourris!", "Le peuple veut une justice indépendante!" ou encore "Ministère du viol".

Cette affaire a suscité un vaste scandale, des opposants, des ONG et des médias tunisiens considérant que ces poursuites qui transforment la "victime en accusée" illustrent la politique à l'égard des femmes menée par les islamistes qui dominent le gouvernement.

L'une des avocates de la jeune fille, Ahlem Belhadj a indiqué à l'AFP que sa cliente était dans un état psychologique "très fragile", mais qu'elle était décidée à se battre. "C'est une femme, une victime qui porte une cause", a-t-elle dit.

"C'est une affaire qui fait honte à la Tunisie. Dans notre culture, même au niveau de la loi, on a tendance à rendre les victimes responsables de leur viol", a-t-elle ajouté.

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