POLITIQUE
02/10/2012 06:50 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Zambito met en cause Robert Abdallah et Frank Zampino (TWITTER)

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Deux anciens membres influents de l'administration Tremblay sont intervenus dans des contrats octroyés par la Ville de Montréal, a affirmé Lino Zambito, mardi, devant la commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.

Selon l'ex-vice-président de la firme Infrabec, l'ex-directeur général de la Ville, Robert Abdallah, est intervenu dans un contrat obtenu par Infrabec en 2005 dans l'est de Montréal, ce qui lui aurait permis d'obtenir 300 000 $.

Lino Zambito allègue en outre que l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino a donné une commande politique pour qu'un autre projet soit exécuté par Simard-Beaudry, ce qui s'est bel et bien produit.

MM. Abdallah et Zampino ont tous deux nié ces allégations, qui n'ont pas été prouvées devant les tribunaux.

L'intervention de Robert Abdallah

L'ex-vice-président d'Infrabec soutient que M. Abdallah est intervenu dans un contrat de 10 millions de dollars que sa firme a obtenu pour installer un collecteur sous la rue Sherbrooke Est.

Infrabec, a expliqué Lino Zambito, avait prévu couler un tuyau en béton sur place pour économiser de l'argent, mais l'affaire ne s'est finalement pas déroulée comme prévu.

Selon M. Zambito, l'ingénieur Michel Lalonde, du groupe Séguin, qui s'occupait souvent de dossiers d'ingénierie dans ce secteur, l'a convoqué à une rencontre à laquelle étaient aussi présents Éric et Michel Caron, de la firme Tremca.

Cette entreprise, a-t-il dit, fabriquait des tuyaux en béton armé comme celui qu'Infrabec entendait couler sur place, et Éric et Michel Caron ont proposé de fournir le tuyau en question. M. Zambito a refusé, parce que cela lui aurait coûté 300 000 $ de plus que prévu.

« M. Lalonde avait été très clair avec moi : "Si tu veux que le projet se fasse, les tuyaux doivent être achetés chez Tremca au prix qui a été déterminé. On va te compenser. Et la différence de 300 000 $ de tuyaux, c'est le montant que les gens de TREMCA, M. Caron, doit remettre à M. Abdallah, pour que le projet soit octroyé par la Ville de Montréal" », a relaté M. Zambito.

« Moi, dans ma tête à moi, c'était clair qu'il y avait une entente entre Tremca et M. Abdallah « , a poursuivi Lino Zambito. « Si je voulais exécuter le contrat, je n'avais pas le choix d'acheter mes tuyaux chez TREMCA. C'est : "T'embarques, ou le contrat va retourner en appel d'offres." J'avais deux options. »

« J'ai décidé d'aller de l'avant « , a conclu l'ex-vice-président d'Infrabec. « C'était un contrat de 10 millions de dollars. J'avais une marge de profit de 7 % à 8 % dessus. Et on m'a garanti que les coûts supplémentaires que ça m'a occasionnés allaient être couverts par différents extras. Mon risque était quasiment nul. »

Lors d'une entrevue accordée à Radio-Canada, Robert Abdallah a nié avec énergie ces allégations, qu'il a assimilées à des ouï-dire. Il a mis au défi M. Zambito de présenter des preuves concrètes.

Les réactions au témoignage du jour de Lino Zambito

Une « commande politique » signée Frank Zampino

M. Zambito a aussi parlé d'un contrat obtenu par Simard-Beaudry en 2005 pour des travaux de démolition du viaduc Notre-Dame/Sherbrooke et la construction d'un carrefour giratoire dans l'arrondissement Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles/Montréal-Est. Ce contrat avait aussi été « arrangé », a-t-il dit.

Selon le témoin, les entrepreneurs n'étaient cependant « pas contents » de laisser aller ce projet. Une information « véhiculée » par d'autres entrepreneurs, a-t-il ajouté, alléguait « qu'il y avait eu une commande politique, que le projet devait aller à Simard-Beaudry ».

M. Zambito a ajouté en après-midi que « L'information qui véhiculait [sic] chez les entrepreneurs c'est que la commande politique venait directement de M. (Frank) Zampino », l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

Contacté par Radio-Canada, M. Zampino nie tout, mais refuse de commenter davantage.

Les contrats d'Infrabec au peigne fin

Le procureur de la Commission, Denis Gallant, a ensuite entrepris de passer en revue plusieurs contrats pour lesquels Infrabec a soumissionné à la Ville de Montréal, un exercice qu'il a lui-même qualifié lundi de « fastidieux ».

Me Gallant demande chaque fois à M. Zambito si ces appels d'offres ont été truqués. Plusieurs l'ont effectivement été, a estimé Lino Zambito, sur la base des entreprises qui ont présenté une soumission et sur le rapport entre le montant du cautionnement et le prix soumis.

En effet, lorsque les entrepreneurs soumissionnent, a expliqué Zambito, ils doivent prévoit un cautionnement, soit une somme qui permettra de payer des travaux imprévus. Ce montant équivaut généralement à 10 % de la valeur du contrat, a-t-il dit.

Or un entrepreneur pouvait par exemple remporter un appel d'offres avec une soumission à 2,8 millions de dollars, mais avec un cautionnement de 200 000 $, laissant penser que le coût des travaux avait été surévalué par l'entrepreneur.

M. Zambito s'est notamment attardé à un contrat qu'Infrabec a remporté en mai 2004 pour une conduite d'eau dans l'arrondissement de Montréal-Nord, grâce à une soumission à peine plus basse que celles présentées par d'autres entrepreneurs. Ce contrat, a-t-il dit, avait été « organisé ».

Lino Zambito a expliqué que dans ce cas, la Ville avait exigé la pose d'un tuyau particulier, même si d'autres produits auraient été à son avis « aussi bons ». Or le seul fournisseur de ce produit était Hyprescon, une firme qui appartenait à l'époque à Tony Accurso.

M. Zambito n'a pu expliquer pourquoi la Ville exigeait ce produit. Il a invité la commission à poser ses questions à des fonctionnaires de la Ville. Il a cependant dit que dans des cas pareils, les entrepreneurs étaient à la merci du fournisseur unique.

« Quand on dit à un entrepreneur : "t'es le seul qui peut fournir un produit", on lui donne un chèque en blanc. » — Lino Zambito

Une série de révélations-chocs

M. Zambito a révélé jeudi dernier qu'il faisait partie d'un cartel des égouts se répartissant les contrats publics dans le domaine des égouts à Montréal.

Les détails qu'il a donnés hier n'ont pas manqué de soulever une onde de choc à l'Hôtel de Ville de Montréal. Les chefs des deux partis d'opposition, Richard Bergeron et Louise Harel, ont réclamé la démission immédiate du maire Gérald Tremblay.

Après avoir dit qu'il versait 2,5 % de la valeur des contrats obtenus au clan mafieux Rizzuto, M. Zambito a dit qu'une deuxième tranche de 3 % était destinée au parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, et qu'une troisième, de 1 %, était versée à un ingénieur de la Ville, Gilles Surprenant.

Selon Lino Zambito, les deux premières tranches étaient versées par l'entremise de Nicolo Milioto, ex-dirigeant de Mivela Construction, qu'un précédent témoin a décrit comme l'intermédiaire privilégié entre les entrepreneurs en construction et le clan Rizzuto. M. Surprenant, surnommé M. TPS (taxe pour Surprenant) recevait directement sa part.

M. Zambito a aussi déclaré lundi après-midi que le parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, avait joué au médiateur dans un conflit qui l'opposait à Tony Accurso au sujet d'un contrat de Transport Québec.

Selon Lino Zambito, ex-vice-président de la firme Infrabec, le contrat en litige concernait le rond-point L'Acadie, à Montréal. Il s'agissait d'un contrat de plus de 25 millions de dollars accordé en 2003-2004, a-t-il dit. M. Zambito s'est finalement effacé au profit de M. Accurso.

Pour me joindre :
francois.messier-nm@radio-canada.ca

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