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Scènes de désarroi dans Alep en guerre

02/10/2012 04:35 EDT | Actualisé 01/12/2012 05:12 EST

Sani Abou Al Rem ne remarque plus les taches de sang frais qui maculent les pages de son registre à l'hôpital Dar El Chifa d'Alep. A quelques centaines de mètres de là, un chef de brigade installé dans un salon de coiffure pour dames se plaint de manquer de munitions.

A côté de Sani Abou Al Rem, un gamin de 4 ans, blessé au bras, la tête entourée d'une large bande blanche, pleure. Son père tourne autour de lui, sans pouvoir le consoler.

Face à l'hôpital, dans le quartier de Chaar dans l'est de la ville, un cadavre aux chaussures d'homme, recouvert d'un linceul, attend d'être enlevé. Un homme surgit, crie, s'accroche avec la sécurité, sa femme a été tuée, dit-il, il veut récupérer sa dépouille.

Il y a trois jours, une bombe a défoncé le bitume, ouvrant un profond et large cratère dans lequel sont depuis tombés des blocs blancs et poussiéreux d'immeubles détruits par l'aviation de Bachar al-Assad.

D'autres immeubles tout proches de l'hôpital ont explosé sous les bombes, leurs ventres ouverts sur des gravats, des barres de fer, des meubles pulvérisés.

Dans cette ambiance de dévastation qui n'épargne pas les civils, un éclair de vie "normale", de vie d'avant la rébellion et la répression: un marchand, optimiste, a installé sur le trottoir quelques cages dans lesquelles des serins et canaris jaunes et orange tentent de siffler, sans entrain.

A peine plus loin, un ébéniste a ouvert sa boutique et vernit la porte d'une armoire.

Dans cet entre-deux, la plupart des rideaux en fer de magasins sont baissés, même si des étals de fruits et légumes apparaissent, pour nourrir les habitants d'Alep restés sur place.

Abou Amar, chef d'une brigade rebelle d'Al Tawhid, la plus importante d'Alep, a, lui, installé son bureau dans un salon de coiffure pour femmes.

Malgré le lancement jeudi par la rébellion d'une offensive de grande ampleur qui s'est soldée par la destruction d'une partie du grand souk de la ville, classé par l'Unesco, sans permettre d'avancée majeure, il l'assure: la rébellion manque de munitions.

"Nous n'avons pas assez de balles, d'armement. Les Etats-Unis, l'Europe nous oublient", affirme le chef rebelle.

A même le tapis, un tas de balles de mitrailleuses dans lequel pioche un chef de section, pour les mettre dans un sac en plastique. Un autre attend son tour et le ton monte avec Abou Amar car il estime qu'il ne reçoit pas assez de munitions. Son chef consulte un carnet et lui affirme que pour 40 combattants, il a reçu son quota du jour.

Ici, pas question de gaspiller ses cartouches en tirant à tort et à travers.

A un carrefour de la médina, d'où un groupe de combattants se prépare à un assaut sur la mosquée des Omeyyades, objectif stratégique qui échappe toujours à la rébellion, le cri "Allah Akbar" fuse plus souvent que les balles.

Plus au sud, dans les quartiers de Salaheddine et Seif el Dawla, où les combats se sont faits moins intenses, des rebelles s'essaient à la guerre psychologique.

Devant une maison qu'ils ont pavoisée d'un drapeau noir, ils ont installé deux hauts-parleurs en direction de bâtiments tenus par l'armée, et diffusent des chants révolutionnaires pour, disent-ils, "défier l'armée d'Assad".

jpc/phs/sw

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