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02/10/2012 12:16 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Pour les enfants syriens réfugiés au Liban, l'école de l'exil

Dans une cour d'école à Tripoli, dans le nord du Liban, une foule d'enfants réfugiés se presse pour recevoir chacun un drapeau de la révolte syrienne avant d'entrer en classe, tout un symbole pour cette rentrée pas comme les autres.

"Je suis content d'aller à l'école, je n'entendrai plus ni obus ni tirs", affirme au milieu du brouhaha Seif al-Mohammad, un garçon de neuf ans de Homs, ville du centre de la Syrie qu'il a fuie fin 2011.

Pauvres ou riches, de Deraa (sud), de Homs ou d'Alep (nord), ils étaient près de 1.500 enfants du primaire à prendre le chemin de l'école sur le territoire libanais en début de semaine. Ils seront rejoints bientôt par leurs compatriotes des classes supérieures, répartis sur dix écoles libanaises dans le nord de ce pays frontalier de la Syrie.

Sept de ces établissements sont des écoles al-Imane al-Islami (foi islamique) rattachées à la Jamaa Islamiya, un groupe islamique sunnite proche des Frères musulmans de Syrie disposant d'un réseau d'écoles et d'hôpitaux au Liban et connu pour son soutien à l'opposition syrienne.

"L'enseignement sera gratuit et nous assurerons un salaire de 600 dollars par mois aux enseignants syriens", affirme à l'AFP Ghassan Hobloss, le superviseur de ces établissements privés.

Selon lui, "des fonds promis par des associations caritatives du Golfe" s'ajouteront aux propres ressources de la Jamaa Islamiya, très actif dans l'aide aux réfugiés syriens.

Khadija, 45 ans, réfugiée depuis 2011 de Deraa, berceau de la contestation contre le régime de Bachar al-Assad, est soulagée: "Mes trois enfants en primaire ont de facto redoublé. Je n'avais pas les moyens de les inscrire dans une école libanaise. Aujourd'hui, ils ont la possibilité de suivre leurs études".

Sur la route menant à l'école, les voitures de luxe de familles aisées se mêlent aux Syriens plus modestes qui traînent leur progéniture derrière eux sous la pluie d'octobre.

Une grande partie des élèves a raté la dernière année scolaire en raison du manque de ressources et surtout en l'absence d'enseignants syriens.

Dans ces écoles, petits libanais et syriens ne suivent pas les cours ensemble, notamment en raison des différences de programmes scolaires. Les matières scientifiques sont enseignées en français ou en anglais au Liban, et en arabe en Syrie.

Ces établissements manquant par ailleurs de place, les Syriens ont école l'après-midi pendant trois jours, après les cours des Libanais. Vendredi et dimanche, jours de congé dans certaines écoles islamiques au Liban, ils suivront des cours le matin.

Pour cette rentrée, les ouvrages scolaires venus de Syrie ont été photocopiés mais expurgés des nombreuses références positives au régime de Bachar al-Assad.

"Les livres sont bien syriens, mais tout ce qui a été déformé par le régime d'Assad a été supprimé", notamment dans les livres d'Histoire, indiqué M. Hobloss, à la barbe poivre sel.

Ainsi, toutes les expressions glorifiant le parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle en Syrie et contrôlé par le clan des Assad, ont été enlevées. En outre, les écoliers réfugiés n'écouteront pas l'hymne national au début des classes comme c'est le cas en Syrie chaque matin.

Tarek Zohbi, habitant de Homs âgé de 50 ans, est ravi de voir ses quatre enfants enfin scolarisés mais reste inquiet pour son fils de 20 ans, car les étudiants ne bénéficient pas encore d'une telle initiative.

"J'ai perdu maison et tout ce que je possède en Syrie, je ne veux pas que mes enfants perdent leur avenir aussi", indique-t-il d'un air déterminé.

Selon l'Unicef, au moins 30.000 enfants de cinq à 17 ans ont fui la Syrie pour le Liban et le nombre d'enfants réfugiés dans certaines régions du Liban reste supérieur aux capacités des écoles.

oi-ram/vl

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