NOUVELLES
02/10/2012 12:15 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Les relations entre le Maroc et l'Espagne tirent profit de la crise

La crise économique qui secoue l'Espagne et, à un degré moindre, le Maroc, semble jouer en faveur d'un renforcement des relations entre les royaumes voisins, qui affichent une volonté de faire front commun au-delà de leurs vieilles divergences diplomatiques.

Les chefs de gouvernement Abdelilah Benkirane et Mariano Rajoy se retrouvent mercredi à Rabat pour la 10e rencontre de haut niveau, la première depuis 2008, qui marque également le 20e anniversaire du traité de "bon voisinage". De multiples accords doivent être signés.

Les liens sont déjà importants: l'Espagne compte la deuxième communauté marocaine au monde après la France. Deuxième partenaire commercial, elle est devenue en janvier le premier partenaire économique. Environ 20.000 de ses PME exportent vers le Maroc.

Au cours de la dernière décennie, ces rapports étroits ont toutefois été entravés par la question de Ceuta et Melilla. Mercredi matin, un sit-in devant l'ambassade d'Espagne est d'ailleurs prévu à l'appel du "comité de coordination pour la libération" de ces enclaves espagnoles sur le continent africain.

Il n'en reste pas moins que la période actuelle apparaît particulièrement propice au renforcement de la relation bilatérale.

"C'est un bon moment pour nous. La crise en Europe a apporté des opportunités" et les sujets délicats "se font moins ressentir", affirme à l'AFP l'ambassadeur d'Espagne au Maroc, Alberto Navarro. "Cela amène nos entreprises à regarder hors de l'UE et, dans ce cas-là, on débute par ses voisins", dit-il.

Un constat partagé par un autre diplomate européen: d'un côté "l'Espagne, dans le contexte actuel, a besoin de développer sa coopération", note-t-il, et de l'autre "il y a une offensive marocaine avec l'espoir de faire bouger Madrid sur le Sahara occidental", ex-colonie espagnole annexée par Rabat et qui reste l'objet d'un conflit avec des indépendantistes.

En outre, du point de vue économique, le Maroc, s'il n'est pas touché comme l'Espagne, connaît un net ralentissement de sa croissance -qui devrait passer de 4,5% à moins de 3%- et cherche davantage de débouchés.

Bilan: les seules exportations espagnoles vers le Maroc ont connu une hausse de plus de 20% au premier semestre 2012.

"Il y a un réchauffement né d'une volonté commune de se prémunir des crises, économiques mais aussi migratoires", renchérit cette source diplomatique, notant que l'Espagne a été le seul pays européen cité par le roi Mohammed VI dans son dernier discours en août.

La gestion de l'immigration illégale en provenance d'Afrique subsaharienne est une pomme de discorde potentielle. Mais les derniers cas épineux ont été gérés dans une parfaite entente apparente. Le mois dernier, un projet de coopération transfrontalière baptisé "Idara" a été mis en oeuvre.

L'action conjointe a "prouvé son efficacité dans plusieurs domaines, dont celui de la migration légale et clandestine", a récemment commenté le gouvernement marocain, insistant aussi sur la menace islamiste au Sahel.

"Plusieurs indicateurs ont montré l'existence d'un vrai changement dans les relations Rabat-Madrid", s'est pour sa part félicité le quotidien At-Tajdid, proche du parti islamiste au pouvoir, le PJD.

Sur le plan politique, Mariano Rajoy s'est déjà rendu en janvier à Rabat, pour son premier déplacement à l'étranger. Abdelilah Benkirane lui a rendu la politesse en mai, pour sa seule visite jusque-là dans une capitale européenne.

Mercredi, M. Rajoy débarque au Maroc avec un cortège de ministres. Parallèlement, une réunion entre dirigeants des patronats des deux pays est programmée. En septembre, outre un premier forum interparlementaire, une mission commerciale espagnole s'était rendue sur place.

Pour accroître son poids commercial, Madrid compte notamment sur l'ambitieux plan marocain de développement de l'énergie solaire, qui prévoit d'ici à 2020 la construction de cinq parcs. Déjà, elle est partie prenante à Ouarzazate.

Quant aux décisions qui doivent être annoncées mercredi, plusieurs sont susceptibles d'obtenir un accueil très favorable au Maroc, tel un assouplissement des procédures pour certaines catégories de visas.

gk/cnp

PLUS:afp