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02/10/2012 03:29 EDT | Actualisé 02/12/2012 05:12 EST

Géorgie: le président Saakachvili reconnaît la victoire de l'opposition

TBILISI, Géorgie - Le président de Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, a reconnu mardi la défaite de son parti aux élections législatives et a déclaré que l'opposition menée par le milliardaire Bidzina Ivanichvili pourrait former un gouvernement.

«Il est clair d'après les résultats préliminaires que l'opposition mène et doit former le gouvernement. Et en tant que président, je l'y aiderai», a-t-il dit à la télévision.

Le chef de l'opposition, Bidzina Ivanichvili, a employé un ton offensif mardi, qualifiant la majorité des réformes de M. Saakachvili de «blague» et affirmant que son idéologie était «entièrement basée sur des mensonges».

Ces remarques laissent présager une cohabitation chaotique avec le président Saakachvili, en place pour une année encore.

Les résultats partiels montrent que la coalition du Rêve géorgien possède une avance déterminante sur le Mouvement national uni (ENM) du président Saakachvili, au pouvoir depuis près de neuf ans.

Selon M. Ivanichvili, la fraude électorale a été empêchée grâce à la présence d'observateurs internationaux. Le chef du Rêve géorgien a par ailleurs estimé que le président en poste devait remercier l'opposition pour avoir «sauvé sa réputation» de dirigeant démocrate.

Si les résultats sont confirmés, le Mouvement national uni (ENM) de Mikhaïl Saakachvili, qui détient actuellement près de 80 pour cent des sièges au Parlement (119 sur 150), sera dépassé par la coalition très large du Rêve géorgien. Ce sera la première fois de l'histoire post-soviétique de la Géorgie que le gouvernement du pays change, non par une révolution, mais par des élections.

Au pouvoir depuis la Révolution des roses de novembre 2003, Mikhaïl Saakachvili a rapproché son pays des États-Unis et s'est efforcé de le mettre sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN. Bidzina Ivanichvili, qui a bâti sa fortune en Russie, a promis de poursuivre ces objectifs stratégiques tout en restaurant les liens rompus avec Moscou à la suite de la guerre de l'été 2008.

De son côté, le président géorgien a accusé son adversaire de vouloir soumettre la Géorgie à la domination du Kremlin. Mais l'opposition se défend de tout asservissement aux Russes et accuse Mikhaïl Saakachvili d'autoritarisme.

À Washington, la Maison-Blanche a applaudi l'issue du scrutin comme une «nouvelle étape réussie dans le développement démocratique de la Géorgie» et a appelé MM. Saakashvili et Ivanichvili «à travailler ensemble dans un esprit d'unité nationale».

En Russie, le gouvernement s'est réjoui de la défaite de M. Saakachvili, qui est à couteaux tirés avec le président Vladimir Poutine depuis le conflit de 2008.

Même si les réformes politiques et économiques mises en place par M. Saakachvili se sont traduites par une augmentation importante des investissements étrangers en Géorgie et une accélération de la croissance économique du pays, la pauvreté et le chômage demeurent très élevés. De nombreux Géorgiens reprochent aussi à sa formation politique une attitude «autoritaire».

La campagne de M. Saakachvili a également été ébranlée par la diffusion, à la télévision, de vidéos montrant des détenus brutalisés et même violés par leurs gardiens. Le gouvernement a réagi rapidement en congédiant de nombreux responsables, mais plusieurs électeurs ont estimé que ces images illustraient bien les dérapages du gouvernement.

Ces élections législatives vont entraîner d'importants changements politiques, car elles conféreront des pouvoirs plus larges au Parlement et au premier ministre. À la fin du second et dernier mandat du président Saakachvili en octobre 2013, dans le cadre d'une réforme constitutionnelle, une grande partie de ses pouvoirs seront transférés au premier ministre, qui est choisi par le Parlement.

Le politologue géorgien Alexander Rondell s'inquiète de la cohabitation entre les deux hommes.

«Autant le président qu'Ivanichvili ont affirmé, du bout des lèvres, qu'ils étaient prêts à travailler ensemble, a-t-il dit. Mais on retrouve dans l'équipe d'Ivanichvili des gens qui, au sens figuré, veulent la tête de Saakachvili. On verra avec le temps s'il est capable de résister à leurs pressions.»

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