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01/10/2012 11:17 EDT | Actualisé 01/12/2012 05:12 EST

Pots-de-vin allégués au CUSM: le nouveau pdg de SNC-Lavalin refuse de commenter

CP

MONTRÉAL - Le nouveau président de SNC-Lavalin (TSX:SNC), l'Américain Robert Card, a promis lundi de faire du rétablissement de l'intégrité sa priorité à la tête du géant québécois de l'ingénierie.

Au cours d'une conférence de presse téléphonique, le président du conseil d'administration de l'entreprise montréalaise, Gwyn Morgan, a soutenu que M. Card avait la réputation d'appliquer une politique de «tolérance zéro» en matière d'éthique et d'intégrité.

MM. Morgan et Card ont toutefois refusé net lundi de commenter les informations selon lesquelles SNC aurait obtenu le contrat de construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) grâce à des paiements douteux de 22 millions $.

«Nous ne parlerons pas des enquêtes aujourd'hui parce qu'elles sont entre les mains des autorités», a déclaré M. Morgan, en précisant que l'entreprise avait remis aux policiers toutes les informations pertinentes qu'elle détenait.

Selon le quotidien montréalais La Presse, ces versements feraient partie du stratagème dévoilé en février par SNC et qui a fait chuter sa valeur boursière.

Les 22 millions $ n'auraient pas été versés au Canada et auraient plutôt transité par plusieurs pays en 2010 et en 2011. Les paiements auraient été faits en vertu d'un contrat avec une firme en apparence fictive.

Jusqu'à ce jour, on croyait que les mystérieux paiements, qui totalisent 56 millions $ US, concernaient uniquement des projets réalisés à l'extérieur du pays.

Construction

Quand on lui a demandé ce qu'il pensait de la situation actuelle au Québec, alors que les travaux de la Commission Charbonneau battent leur plein, Robert Card a eu un commentaire étonnant.

«J'espère que la maison que j'ai achetée (au Québec) n'est pas concernée (par les problèmes de corruption)», a-t-il lancé.

M. Card a ensuite ajouté qu'il ne voyait pas le Québec comme un marché plus «risqué» que les autres à l'heure actuelle.

«Je pense que les problèmes dans le marché québécois, sur lesquels j'ai lu, ne sont malheureusement pas inhabituels, même en Amérique du Nord, a-t-il dit. J'ai certainement l'intention de m'assurer que SNC-Lavalin ne soit jamais impliquée dans des activités de la sorte. Je pense qu'on peut avoir du succès sans recourir à ces pratiques.»

Robert Card a reconnu qu'il allait devoir «livrer la marchandise» pour redonner confiance aux investisseurs choqués par les événements des derniers mois.

Les analystes qui suivent SNC-Lavalin ont esquissé plusieurs scénarios pour redresser l'entreprise, y compris la vente de filiales et de participations dans des projets d'infrastructures. Le nouveau pdg n'a rien voulu exclure lundi, mais il a assuré qu'il n'allait pas agir dans le seul but de maximiser les profits à court terme.

Une chose est sûre, SNC examinera la pertinence de quitter certaines régions du monde et d'effectuer des percées dans d'autres, compte tenu notamment du ralentissement de l'économie mondiale. L'entreprise est actuellement fortement présente en Afrique du Nord — elle a notamment connu d'importants problèmes en Libye — mais elle est pratiquement absente des États-Unis.

«Les États-Unis sont un marché énorme et d'autres entreprises canadiennes y ont connu beaucoup de succès, a noté M. Card. C'est donc un marché qu'il faut évidemment considérer, mais il y en a d'autres aussi.»

Question de montrer sa confiance en l'entreprise, Robert Card a acquis pour environ 1 million $ d'actions de SNC-Lavalin au cours des dernières semaines. Il a par ailleurs commencé à suivre des cours de français.

M. Card remplace Pierre Duhaime, qui a été relevé de ses fonctions en avril parce qu'il était au courant des malversations de 56 millions $ US. M. Duhaime a quitté SNC-Lavalin avec un «arrangement de départ» de 5 millions $.

Le chantier du CUSM est l'un des plus importants projets gouvernementaux en Amérique du Nord.

Le projet de 1,3 milliard $ a été accordé en 2010 à un consortium formé de SNC-Lavalin et de la firme anglaise Innisfree. Le contrat prévoit que les entreprises seront responsables de la gestion de l'hôpital pendant 30 ans après la construction.

Le 18 septembre, l'escouade Marteau a perquisitionné les bureaux du CUSM et d'Infrastructure Québec, l'agence de gestion des partenariats public-privé.

L'action de SNC-Lavalin a clôturé à 37,60 $ lundi, en baisse de 0,9 pour cent, à la Bourse de Toronto.