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01/10/2012 07:24 EDT | Actualisé 01/12/2012 05:12 EST

John Baird se fait cinglant dans son discours à l’Assemblée générale de l'ONU

NATIONS UNIES, États-Unis - Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, a profité de sa tribune à l’Assemblée générale des Nations unies à New York pour s'en prendre de façon cinglante à l'institution elle-même.

Selon M. Baird, l'incapacité de l'Organisation des Nations unies (ONU) à faire cesser le bain de sang en Syrie est une bonne illustration de ses ratés. «La crise en Syrie est l'occasion de mettre à l'épreuve la capacité de cette organisation à obtenir des résultats», a soutenu le ministre, devant un auditoire clairsemé, paraissant peu intéressé.

«Alors que le régime brutal et répressif de Bashar al-Assad continue de massacrer son propre peuple, les Nations unies ne sont pas parvenues à imposer des sanctions contraignantes qui permettraient d'endiguer la marée sanglante provoquée par ces exactions», a déploré le ministre.

M. Baird s'en est pris à l'ONU elle-même, qui semble passer à son avis trop de temps à se regarder le nombril qu'à se concentrer sur les problèmes mondiaux.

«Les Nations unies doivent passer moins de temps à s'analyser, pour mieux se concentrer sur les problèmes qui requièrent leur attention», a-t-il tranché. Il a souhaité que l'organisation se concentre plutôt sur ses véritables objectifs, comme la prospérité, la sécurité et la dignité humaine.

«Notre attachement aux Nations Unies a été mis à l'épreuve, mais ne s'est jamais démenti. Ce n'est pas en dépit de cet attachement, mais plutôt en raison de celui-ci que nous ne pouvons et nous ne voulons participer à une introspection sans fin et inutile», a signifié le ministre.

En conséquence, la mission canadienne à l'ONU portera désormais toute son attention sur ce que l'organisation accomplit, plutôt que sur comment elle mène ses affaires, a-t-il annoncé.

«Les Nations unies consacrent trop de temps à des questions internes. Elles doivent maintenant tourner le regard vers l'extérieur.»

Le ministre Baird a livré ce discours au nom du Canada, alors que le premier ministre Stephen Harper — même s'il était à New York la semaine dernière afin d'y recevoir un prix — a choisi de ne pas s'adresser à l'Assemblée générale.

À Ottawa, les partis d'opposition ont vivement critiqué la prise de position du gouvernement conservateur. Selon la porte-parole néo-démocrate Hélène Laverdière, le processus de réforme de l'ONU est indissociable de sa bonne performance future.

«Le Canada ne se fait certainement pas d’amis (ainsi). J’ai hâte de voir la prochaine fois qu’on voudra essayer d’être au Conseil de sécurité, entre des déclarations comme celles-là (et avec) nos actions sur la scène internationale», a fait valoir la députée de Laurier-Sainte-Marie, sous-entendant que ce sera encore plus difficile pour le Canada de s'y tailler une place.

«Je trouve la rhétorique de M. Baird complètement vide, et je trouve son attitude arrogante dans l'extrême», a renchéri le chef libéral intérimaire Bob Rae. Selon lui, les Nations unies se doivent notamment d'être plus représentatives du nouvel ordre géopolitique de la planète et moins bureaucratique.

Syrie et Iran

M. Baird a par ailleurs indiqué que M. Harper et lui ont discuté avec leurs homologues russes des gestes que pourrait entreprendre le Conseil de sécurité pour mettre fin à la violence en Syrie. La Russie, qui possède un des cinq sièges permanents du Conseil de sécurité, a été grandement critiquée pour bloquer les résolutions contre le régime de Bashar al-Assad.

Le ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergeï Lavrov, a plutôt soutenu que c'était l'Occident qui avait fait obstruction à une action internationale concertée en n'étant pas parvenu à un accord plus tôt dans le conflit.

Le Canada s'est engagé à fournir 12 millions $ pour aider les civils syriens, alors que des milliers d'entre eux ont afflué aux frontières de la Syrie afin de se réfugier dans les pays voisins. On estime que près de 700 000 personnes pourraient avoir fui la Syrie d'ici la fin de cette année.

Le Canada entend continuer d'évaluer les besoins des Syriens, y compris de ceux qui se trouvent dans les pays avoisinants, et réagir en conséquence.

D'autre part, le ministre Baird n'a pas manqué l'occasion de rappeler que, malgré les affrontements en Syrie, l'Iran demeurait la «menace la plus importante» à la paix et la sécurité dans le monde.

«Un Iran nucléaire ne ferait qu'enhardir un régime déjà irrationnel et faire perdurer un facteur de déstabilisation non seulement pour cette région déjà fragile, mais pour la planète entière», a prévenu le ministre.

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