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01/10/2012 11:11 EDT | Actualisé 01/12/2012 05:12 EST

Commission Charbonneau: Zambito affirme qu'il fallait payer le parti du maire

MONTRÉAL - L'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito a affirmé, lundi, à la Commission Charbonneau, que la quote-part de 2,5 pour cent que les entrepreneurs devaient payer au clan Rizzuto avait été haussée une première fois pour financer le parti du maire de Montréal, puis une seconde fois pour payer un ingénieur de la ville.

L'ancien dirigeant d'Infrabec, une entreprise qui était spécialisée dans les égouts et canalisations, avait témoigné, la semaine dernière, du fait qu'il devait verser à la mafia 2,5 pour cent de la valeur des contrats qu'il obtenait à Montréal.

S'est ajoutée à compter de 2005-2006 une part de 3 pour cent pour le parti politique du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, a-t-il soutenu. Il n'a toutefois pu dire à qui, dans l'organisation du parti, cette somme devait être versée. «C'était à l'organisation, aux organisateurs», a-t-il dit.

Ensuite, une autre somme équivalant à 1 pour cent de la valeur des contrats s'est ajoutée à la contribution due, cette fois pour un ingénieur de la ville de Montréal, a témoigné M. Zambito. L'ingénieur en question, qu'il a identifié comme étant Gilles Surprenant, se faisait même surnommer TPS, pour «Taxe pour Surprenant», a noté M. Zambito.

Cet ingénieur aujourd'hui retraité travaillait à la conception des travaux pour lesquels des appels d'offres devaient être lancés. Et, selon le témoignage de M. Zambito, il veillait à augmenter les prix graduellement.

Il a relaté avoir versé à ce seul ingénieur, sur huit ou 10 ans, «aux alentours de 100 000 $, 200 000 $». Les autres entrepreneurs en faisaient autant, à sa connaissance.

Il a également invité ce fonctionnaire de la ville à un tournoi de golf en 2007 et à d'autres. Il l'a notamment invité au Mexique, dans une villa dont son père était actionnaire.

Il a cité le cas d'un autre ingénieur, surveillant de chantier, Luc Leclerc, à qui il aurait versé «au-dessus de 200 000 $».

Cet ingénieur Leclerc exploitait également un restaurant à Repentigny, auquel M. Zambito a dû se rendre pour discuter. Et il n'était pas le seul entrepreneur. «À ma connaissance, il y en avait un à chaque midi qui était 'booké' là. C'était les entrepreneurs qui faisaient vivre le restaurant.»

Le procureur de la commission, Me Denis Gallant, lui a demandé s'il savait que M. Leclerc était voisin, à Brossard, de Frank et Paolo Catania, des Entreprises F. Catania. Oui, a répondu M. Zambito. «Est-ce que c'est à votre connaissance que les Catania auraient payé une partie de cette maison-là?» lui a demandé l'avocat. M. Zambito a dit l'ignorer.

Les extras

En plus des contributions à payer à la mafia, au parti municipal et à MM. Surprenant et Leclerc, M. Zambito a expliqué qu'il y avait aussi une autre magouille, celle des «extras».

Dans tout contrat public, une somme d'environ 10 pour cent doit être prévue pour les «contingences», c'est-à-dire des imprévus qui peuvent véritablement survenir lors de l'exécution d'un contrat.

Or, lorsque cette enveloppe d'«extras» n'était pas totalement dépensée, après exécution du contrat, il y avait moyen de s'entendre avec l'un des ingénieurs participant au stratagème pour réclamer de faux extras. Les faux extras étaient alors répartis à raison de 75 pour cent pour l'entrepreneur et 25 pour cent pour l'ingénieur, a-t-il relaté.

Et même les vrais extras qui devaient être réclamés comptaient un peu d'inflation, a-t-il fini par admettre.

M. Zambito a laissé entendre que ce sont ces fonctionnaires qui réclamaient des avantages et des sommes d'argent, et non l'inverse. «Ils sont quand même assez à l'aise pour nous approcher et donner l'ouverture», a-t-il confié.

«Ce sont eux qui s'invitent à venir. Ils sont au courant que votre père a un complexe hôtelier à l'extérieur; ils en ont entendu parler. Ça fait qu'on vous fait la remarque à plusieurs reprises: 'ça serait l'fun qu'on aille jouer au golf une semaine au Mexique, puis qu'on reste à votre hôtel'. On vous passe le message une fois, on vous le passe deux fois, trois fois. Un moment donné, il faut être en mesure de lire entre les lignes», a résumé M. Zambito.

Il a cité le cas d'un troisième fonctionnaire municipal qu'il avait invité à un tournoi de golf et qui lui donnait en retour la liste de ses concurrents pour un appel d'offres, même si ces informations étaient censées rester confidentielles. Il ne l'a toutefois pas rémunéré.

Devant l'énumération de noms de fonctionnaires municipaux qui participaient au système, à un échelon ou à un autre, le commissaire Renaud Lachance a manifesté son étonnement. «Ça ne se jasait pas un peu?» a-t-il demandé au témoin.

M. Zambito a admis que lui-même trouvait «ridicule» que tous les entrepreneurs et fournisseurs le savaient, ainsi que plusieurs personnes à la Ville, mais que ça continuait quand même. «C'était 'business as usual'. C'était rendu ridicule», a-t-il conclu.

Quand la présidente de la commission, France Charbonneau, lui a demandé s'il croyait qu'à tous les échelons de la ville de Montréal, il y avait des gens corrompus, M. Zambito a été catégorique: «absolument».

Après avoir exposé ce système à la ville de Montréal, M. Zambito a noté que le système n'était pas le même pour les contrats du ministère des Transports du Québec et de la ville de Laval.

Il a toutefois abordé le cas d'un contrat qu'il a tenté d'obtenir pour le ministère des Transports, au rond-point l'Acadie à Montréal, contre une des entreprises de Tony Accurso, Louisbourg Construction.

N'ayant pu s'entendre avec le vice-président de Louisbourg Construction pour se «tasser» et lui laisser la place, M. Zambito a été «convoqué» à un restaurant de Laval qui appartenait à Tony Accurso. Et c'est Vito Rizzuto lui-même, une des têtes dirigeantes de la mafia, qui est intervenu pour arbitrer le différend entre les deux entrepreneurs qui voulaient décrocher le contrat.

M. Zambito a finalement laissé tomber, mais sans avoir reçu de menaces. «Je vais laisser aller en échange d'un service à venir», avait-il confié au «médiateur» Vito Rizzuto.

Dans un communiqué diffusé lundi soir, M. Accurso a nié les allégations de M. Zambito le concernant.

Plus précisément, M. Accurso nie avoir eu «quelque différend que ce soit avec M. Zambito relativement à l'attribution de quelque contrat public que ce soit, dont le contrat attribué par le ministère des Transports du Québec concernant le viaduc l'Acadie».

Il nie de plus avoir demandé à Vito Rizzuto «d'intervenir relativement à l'attribution de quelque contrat public que ce soit ou de régler quelque différend que ce soit entre eux».

M. Accurso nie de plus avoir participé «à quelque rencontre que ce soit en compagnie de M. Vito Rizzuto et de M. Lino Zambito».

Le témoignage de M. Zambito devant la Commission Charbonneau se poursuit mardi.

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