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30/09/2012 04:07 EDT | Actualisé 29/11/2012 05:12 EST

Dans les ruines d'Azaz, le "cimetière des chars" de l'armée syrienne

La mosquée, autrefois dotée de deux minarets, n'est plus qu'un tas de pierres d'où émergent trois chars brûlés et désossés. Plus loin, combats et bombardements ont réduit en poussière maisons et bâtiments publics: bienvenue à Azaz, ville "libérée" du nord de la Syrie.

Le décor est impressionnant pour les nouveaux venus, mais deux mois après la bataille qui a valu à Azaz le surnom de "cimetière des chars", la vie a retrouvé son cours... les jours où les avions de l'armée de l'air ne font pas de nouveaux dégâts.

Les enfants prennent le chemin de l'école, zigzagant cahiers sous le bras entre les carcasses de véhicules carbonisés, quelques commerçants ouvrent leur boutique, des femmes font des achats, d'autres vont aux champs, chacun vaquant à ses occupations sans plus prêter attention aux immenses tas de gravats qui bordent les rues et rappellent que des maisons s'élevaient là il y a peu.

La ville, désormais aux mains de l'opposition armée au président Bachar al-Assad, a gagné son surnom quand les rebelles y ont détruit mi-juillet 17 chars de l'armée régulière.

Fiers de leur soulèvement, les rebelles locaux ont fait poser d'imposantes photos de chacun de ces engins sur le mur d'enceinte de la direction locale de la police.

Pour garder le contrôle de ce bourg agricole, aujourd'hui peuplé d'environ 25.000 habitants, l'armée avait déployé les grands moyens.

Au plus fort de la bataille, les habitants ont vu débarquer une soixantaine de chars et une vingtaine de camions de transport de troupes, se rappelle Najem Eddine, l'un des premiers combattants rebelles de la ville.

"La stratégie, c'était de détruire totalement les bâtiments d'où l'on délogeait les soldats pour qu'ils ne puissent pas revenir s'y installer", explique-t-il.

De fait, il ne reste que des tonnes de gravats des écoles et des bâtiments de la sécurité qui servaient de base aux soldats. Certains bâtiments se sont comme aplatis, la dalle de béton du plafond étant tombée d'un seul bloc.

Quant à la mosquée, les rebelles ont piégé les deux minarets de pierres beiges et roses, où des tireurs de l'armée avaient pris position. Sur un des murs encore debout de la mosquée, une grande affiche rappelle les noms des victimes de ces tireurs.

Au milieu des ruines, un homme en djellaba blanche passe, les yeux bleus plein de colère.

"Moi, si on me proposait demain d'être le président de la Syrie, je refuserai. Il n'y a plus d'écoles, plus d'hôpitaux, le pays est revenu en arrière", lance Mohamed Abou Ahmed, 46 ans.

"Cela fait un mois et demi que je vis sans électricité dans une pièce avec ma femme et mes six enfants. Je n'ai plus aucun voisin, tous sont morts et aujourd'hui, je déblaie seul la rue à la main", poursuit-il, en montrant ses doigts écorchés et couverts de poussière.

Non loin de là, les passants regardent interloqués une canalisation d'eau qui se vide lentement à près d'un mètre sous terre. L'aviation a récemment frappé, creusant un cratère tellement profond dans l'asphalte que la moitié de la ville est désormais privée d'eau.

L'hôpital, en projet depuis 20 ans et finalement inauguré il y a quelques années, a également été ravagé.

Depuis son toit, on peut apercevoir à la jumelle l'aéroport de l'armée, situé à quelques kilomètres à peine. Pour le moment, tous les avions et les hélicoptères sont sur le tarmac. La vie peut continuer à Azaz. Jusqu'au prochain bombardement aérien.

bur/sbh/fc

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