Poutine démolit le modeste héritage laissé par Medvedev

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VLADIMIR POUTINE
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MOSCOU - Une à une, Vladimir Poutine remet en cause toutes les réformes mises en place par son prédécesseur au Kremlin. Cette semaine encore, le président russe a fait part de son intention de revenir sur une des décisions les plus emblématiques prises par Dimitri Medvedev lorsqu'il était à la tête du pays: maintenir la Russie à l'heure d'été et supprimer les changements horaires. Aujourd'hui premier ministre, M. Medvedev risque bien de devoir quitter ses fonctions avant la fin du mandat de M. Poutine.

C'est peut-être un symbole approprié de l'acharnement de M. Poutine à démolir l'héritage libéral, même modeste, laissé par son protégé, qui avait engagé de timides tentatives de modernisation quand il était président. Mais il n'est jamais sorti de l'ombre de son patron, et il a docilement accepté, lors de la dernière élection présidentielle, de démissionner pour lui laisser reprendre la place de No 1.

Toutes les réformes de M. Medvedev — de la dépénalisation de la diffamation à la suppression au sein des conseils d'administration d'entreprises publiques de représentants gouvernementaux — ont été balayées.

Selon des observateurs, cela entre dans le cadre d'un nouveau tour de vis donné par M. Poutine en réponse aux manifestations massives organisées contre lui cet hiver, preuve qu'il ne voit aucune nécessité à faire des compromis avec l'opposition. Les conjectures vont bon train sur le fait que M. Poutine pourrait vouloir se débarrasser rapidement de son premier ministre, qui est pourtant un partenaire politique de longue date.

Personne ne pensait que Dimitri Medvedev serait vraiment aux commandes du pays quand il a été élu président en 2008, alors que Vladimir Poutine se glissait dans le fauteuil de premier ministre pour respecter la limite constitutionnelle de deux mandats consécutifs.

Mais beaucoup de gens ont pensé qu'il pourrait au moins adoucir le pouvoir autocratique exercé par M. Poutine, notamment quand il a déclaré dans un discours que "la liberté, c'est mieux que l'absence de liberté". Il a encouragé beaucoup de gens en promettant d'autoriser une plus grande concurrence sur le plan politique, en se faisant champion de la liberté des médias, en libéralisant l'économie et en combattant la corruption.

Au final, il a rempli peu de ces promesses, ne modifiant guère le système politique fermement contrôlé, alors que M. Poutine a fait comprendre très clairement qu'il restait le seul patron à la tête de la Russie. Il y a un an, M. Medvedev avait fait preuve d'une loyauté indéfectible à l'égard de M. Poutine quand il a refusé de briguer un second mandat et qu'il a accepté d'échanger de poste avec son mentor.

M. Medvedev est aujourd'hui de plus en plus mis à l'écart.

Le dernier camouflet que lui a infligé M. Poutine concerne son initiative sur le maintien de l'heure d'été toute l'année. Beaucoup de Russes ont protesté, ne souhaitant pas aller travailler tôt le matin dans l'obscurité pendant le long hiver. M. Medvedev affirmait pour sa part que le fait de ne pas changer d'heure constituerait une aide pour les agriculteurs. Mardi, M. Poutine a déclaré à la presse que le premier ministre "n'était pas fixé sur sa décision", un commentaire qui semble signaler que cette mesure n'est plus d'actualité.

Si M. Medvedev revient sur cette décision, ce serait non seulement humiliant pour lui, mais cela ferait aussi chuter sa cote de popularité. M. Poutine pourrait ainsi plus facilement se débarrasser de lui dans l'avenir s'il le décide. Selon un sondage réalisé récemment par l'institut VTsIOM, la cote de popularité du premier ministre est tombée sous les 20 pour cent ce mois-ci, soit la moitié du niveau qu'il atteignait pendant sa présidence. D'après ce même sondage, la cote de M. Poutine reste stable, à environ 50 pour cent.

Signe des relations conflictuelles au sommet de l'Etat, le porte-parole de M. Poutine, Dimitri Peskov, interrogé sur le fait que des proches du président tiendraient M. Medvedev pour responsable de l'explosion des manifestations anti-Kremlin l'hiver dernier, a déclaré à l'Associated Press cette semaine que "ce n'est pas un secret que pendant la présidence de M. Medvedev, des erreurs ont été faites".

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