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29/09/2012 12:31 EDT | Actualisé 29/11/2012 05:12 EST

Omar Khadr, dernier détenu occidental de Guantanamo, "terroriste" ou enfant-soldat

Le Canadien Omar Khadr, dernier détenu occidental de Guantanamo qui est rentré samedi dans son pays, est un ex-enfant-soldat et victime du conflit afghan pour certains, "terroriste d'Al-Qaïda" pour d'autres.

Issu d'une famille liée à Al-Qaïda, Omar Khadr avait été condamné à 40 ans de prison le 31 octobre 2010 par un tribunal militaire américain d'exception, mais ne doit en effectuer que huit, suite à un accord de plaider coupable, pour le meurtre d'un soldat américain.

Né à Toronto le 19 septembre 1986, Omar Khadr est un adolescent imberbe de quinze ans lorsqu'il est capturé, grièvement blessé, en Afghanistan. C'est aujourd'hui un homme de 26 ans au physique solide, à la barbe fournie sur un visage marqué de cicatrices, de très grande taille et volontiers souriant.

Un de ses avocats canadiens Dennis Edney le décrit comme "un gentil géant". Même l'accusation à son procès lui reconnaît un charme naturel et un esprit vif.

A son procès, il dit "avoir une soif de connaissances" et vouloir devenir médecin. A Guantanamo, où on lui demande de guider les prières parce qu'il connaît le Coran par coeur, il a fini par être interné dans le Camp IV, celui réservé aux détenus "coopératifs".

Omar Khadr a déjà passé près de dix ans, soit bien plus d'un tiers de sa vie, dans le centre de détention américain à Cuba, malgré les protestations des défenseurs des droits de l'homme et de l'opposition canadienne, qui le considèrent comme un "enfant-soldat".

Un sénateur canadien Roméo Dallaire, défenseur des enfants-soldats, a lancé en juillet dernier une pétition demandant son rapatriement, qui a recueilli plus de 27.000 signatures.

Théoriquement, la loi canadienne permet qu'il soit mis en liberté conditionnelle un an après son retour.

Mais le gouvernement conservateur canadien, qui n'était pas pressé de le voir revenir, semble réticent à cette idée. Le ministre de la Sécurité publique Vic Toews a déclaré samedi que le reste de sa peine serait "administré par les services pénitentiaires du Canada en reconnaissant la gravité des crimes qu'il avait commis et en protégeant la sécurité des Canadiens".

Aux yeux de ses détracteurs, Omar Khadr a un lourd héritage de "terroriste". A son procès, l'accusation l'a présenté comme "le fils préféré" d'une famille musulmane radicalisée.

Son père, Ahmed Saïd Khadr, un Canadien d'origine égyptienne considéré comme un membre influent d'Al-Qaïda, a été tué en octobre 2003 au Pakistan.

En 1990, la famille Khadr quitte le Canada et s'installe à la frontière pakistano-afghane "pour aider à la reconstruction après l'invasion soviétique", selon la biographie publiée par ses proches sur internet.

Selon la justice américaine, la famille voyage sans cesse en Afghanistan et au Pakistan jusqu'en 2001, retournant au Canada quelque mois avant les attentats du 11-Septembre. Mais dans la foulée, le jeune Khadr se rend en Afghanistan.

Selon l'armée américaine et les avocats du gouvernement canadien, il rejoint un camp d'entraînement d'Al-Qaïda et fabrique des bombes artisanales. En juillet 2002, il est capturé par les forces spéciales américaines.

Khadr aurait lancé une grenade, tuant un soldat américain, selon Washington. Avant qu'il ne se résigne à plaider coupable, ses avocats affirmaient que la grenade a été lancée par une autre personne.

Touché de deux projectiles dans le dos qui lui traversent le corps, ainsi qu'à l'oeil gauche, dont il perd l'usage, le jeune homme subit plusieurs interventions chirurgicales avant d'être emmené à la base aérienne américaine de Bagram, en Afghanistan, puis à Guantanamo, où Omar Khadr dit avoir été maltraité, lors d'interrogatoires.

bur-via/ff

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