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29/09/2012 09:53 EDT | Actualisé 29/11/2012 05:12 EST

Omar Khadr a été rapatrié au Canada, a annoncé le ministre Vic Toews

WINNIPEG - Détenu depuis près de 10 ans à la prison militaire américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, le Canadien Omar Khadr a été rapatrié samedi matin au Canada, a annoncé le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews.

Le jeune Torontois de 26 ans est arrivé samedi matin à la base militaire de Trenton, en Ontario. Il a été transféré à la prison à sécurité maximum de Millhaven, à Bath, en Ontario, où il purgera le reste de sa peine d’emprisonnement pour crimes de guerre.

«Il a de la difficulté à croire que cela s'est réellement produit», a déclaré à La Presse Canadienne John Norris, l'un des avocats de Khadr, tout de suite après avoir parlé à son client par téléphone.

«Son moral est bon. Il est très, très content d'être de retour chez lui.»

La saga d’Omar Khadr a débuté en juin 2002 en Afghanistan. Alors âgé de 15 ans, il avait été fait prisonnier par les forces américaines. Il avait par la suite été accusé de crimes de guerre, notamment pour le meurtre d'un sergent américain dans un échange de tirs en Afghanistan.

En octobre 2010, il avait plaidé coupable à cinq crimes de guerre, après de longues procédures judiciaires.

Depuis, plusieurs sympathisants exigeaient son rapatriement au Canada. Omar Khadr avait finalement obtenu la permission de rentrer au pays, il y a un an.

Les responsables canadiens avaient cependant fait valoir qu'ils voulaient d'abord évaluer le risque potentiel pour la sécurité de Khadr avant qu'il ne soit rapatrié.

«Omar Khadr est un partisan connu du réseau terroriste al-Qaïda et un terroriste condamné», a déclaré le ministre de la Sécurité publique Vic Toews, ajoutant qu'il en reviendrait à la Commission des libérations conditionnelles de déterminer le nombre d'années que le détenu devra encore passer derrière les barreaux. Khadr doit toujours purger six des huit années d'emprisonnement auxquelles il a été condamné.

«Je suis satisfait que le Service correctionnel du Canada puisse gérer la peine d'Omar Khadr d'une façon qui reconnaît l'aspect sérieux des crimes qu'il a commis, et ainsi s'assurer que la sécurité des Canadiens est protégée pendant son incarcération.»

Cette position a surpris Me Norris. Selon l'avocat, pourtant, «la justice a enfin triomphé de la politique».

«Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement continue de diaboliser Omar et de monter l'opinion publique contre lui.»

À Ottawa, le chef libéral intérimaire Bob Rae a dit qu'il était «extrêmement dommage» qu'il ait fallu tant de temps au gouvernement conservateur pour permettre à Khadr de rentrer au pays.

Le Pentagone, de son côté, avait bien peu de choses à dire sur le transfert de samedi, déclarant que les États-Unis «avaient collaboré avec le gouvernement du Canada en lien avec les mesures de sécurité appropriées pour un traitement humain».

Khadr était le dernier occidental et le plus jeune détenu emprisonné à Guantanamo Bay.

La section francophone d'Amnistie internationale se réjouit du rapatriement de Khadr. La directrice générale de l'organisation, Béatrice Vaugrante, estime qu'il était grand temps que le Torontois revienne au pays, d'autant plus que la Cour suprême avait conclu en 2010 que le gouvernement fédéral contribuait à la violation des droits du jeune homme.

Mme Vaugrante considère d'ailleurs qu'il s'agit d'une des plus mauvais chapitre du gouvernement canadien en matière des droits humains.

Elle rappelle que le gouvernement est resté muet devant l'emprisonnement d'un mineur de 15 ans, qui n'a pas eu droit à un procès équitable.

«Il ne peut pas avoir deux systèmes de justice pour les Canadiens. On doit se tenir debout pour nos institutions juridiques.»

Pour Mme Vaugrante, la Canada a «certainement des dettes» envers Khadr. Elle se dit toutefois ravie que le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, ait promis que le système de libérations conditionnelles s'appliquerait à la situation de Khadr.

Pour Amnistie internationale, le rapatriement de M. Khadr ne met pas un terme à cette saga judiciaire, puisque plusieurs questions demeurent en suspens.

«On demande maintenant des comptes au gouvernement sur les raisons de la lenteur du rapatriement. On demande aussi des comptes sur comment le gouvernement va réparer les torts faits à Khadr», indique Mme Vaugrante.

Les Canadiens ne peuvent pas laisser ce pan de l'histoire de la justice canadienne assombrir nos institutions, lance-t-elle.

«Les droits humains ne sont pas des droits à la carte. Ce n'est pas juste quand l'environnement et le contexte sont faciles, c'est quand les choses deviennent difficiles qu'il faut se tenir debout», ajoute-t-elle.

L'organisation espère maintenant qu'Omar Khadr sera réintégré à la société.

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